L’Afrique du Sud, une crise latente

La grève des mineurs de platine, en août, à Marikana, et la tuerie qui s’ensuivit, sont révélateurs d’une crise multiforme que traverse l’Afrique du sud (racisme, inégalités, corruption, chômage, violence).

Vingt-et-un ans après la fin du règne de la minorité blanche et dix-huit ans après l’organisation des élections démocratiques de 1994, sur quels chemins l’Afrique du Sud s’est-elle engagée? Le changement attendu par les Noirs de ce pays n’est toujours pas au rendez-vous. Une « oligarchie noire » semble avoir remplacée « l’apartheid blanc ».

Vue de l’extérieur, l’Afrique du Sud est un grand pays, où l’apartheid a été aboli, et dont le sous-sol regorge de différents minerais. Un pays avec de grandes villes lumineuses comme Johannesburg ou Pretoria qui fait partie des cinq pays émergents, désignés sous l’acronyme anglais de « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L’organisation réussie de la Coupe du monde de football, en 2010, a renforcé cette image.

A y regarder de près, la « nation arc-en-ciel », chère à Nelson Mandela, où Noirs, Blancs, Indiens et métis (quelque 50 millions d’âmes) devraient vivre autour d’une vision commune, peine à se mettre en place. Les relations entre Blancs et Noirs sont toujours tendues. Chantre de l’extrémisme anti-blanc, aujourd’hui en disgrâce, Julius Malema prêche pour une Afrique du Sud débarrassée des Blancs : « Kill the Boers » (Tuez les Blancs), tel est son cri de guerre. Comme un appel public au meurtre, toléré par le pouvoir! Depuis 1995, 3 300 Blancs ont été assassinés.

Fossé entre riches et pauvres

En réaction, les extrémistes blancs, qui, depuis l’abolition de l’apartheid, n’ont eu de cesse de revendiquer une « république autonome blanche », s’organisent en groupuscules. Ils créent des « enclaves blanches », telles Oranjeville, Ellisras, Orania… où ils pratiquent l’autogestion, tout en y préparant les adolescents afrikaners à la guerre contre les Noirs. Une sédition, en règle, elle aussi tolérée par le pouvoir!

Est-ce là un « autre type d’apartheid », comme certains le qualifient ? En clair, le racisme n’a pas encore dit son dernier mot. Et, c’est le premier maux qui plonge l’Afrique du Sud post-apartheid dans l’incertitude. Racisme ne rime pas avec vivre-ensemble.

La grève des mineurs de platine a mis en relief le fossé entre riches et pauvres. Les riches, c’est cette élite noire, composée d’une poignée d’hommes et de femmes, enrichis à travers le népotisme et la corruption. Les riches, ce sont également les Blancs. Le butin de la corruption est évalué à 3 milliards d’euros, par an, que se partage l’élite noire, tandis que le revenu mensuel moyen des Blancs, entre 1995 et 2009, a bondi de 83,5 %, soit de 408 euros à 750 euros. Les pauvres, ce sont les masses laborieuses, 50 % des Noirs, qui vivent avec moins de 40 euros, par mois.

La grève de Marikana, c’est aussi une piqûre de rappel faite au gouvernement pour l’amener à entreprendre la réforme agraire souhaitée, du fait que la minorité blanche continue d’exploiter 80 % des terres arables aux dépens de la majorité noire. Question complexe que tous les gouvernements, depuis 1994, évitent d’aborder. Cette grève révèle également le chômage des jeunes, que l’on qualifie de « péril jeune ». Celui-ci touche plus de 45 % des moins de 30 ans. La liberté de la presse, soutien inconditionnel de la démocratie, n’a pas été épargnée. En novembre 2011, un projet de loi controversé a tenté de la bâillonner par l’interdiction de publication de tout ce qui est qualifié de « secrets d’Etat ». Durant cette année scolaire, l’Etat a été incapable de fournir aux enfants des manuels scolaires. C’est le premier pas vers la médiocrité…

Bref, l’Afrique du Sud se porte mal et le rêve de Mandela semble brisé. Il faut au plus vite redresser la barre, en dépit de l’optimisme exprimé par l’économiste sud-africain Moeletsi Mbeki qui écrit: « Avec un taux de croissance de 3% à 4 %, le pays ne risque pas de s’effondrer comme le Zimbabwe. Nous avancerons » (1). Peut-être.

Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

(1) Le Zimbabwe est en crise, depuis l’expropriation des fermiers blancs.

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