Des Syriens en grève de la faim à Paris

Un groupe de Syriens a lancé un mouvement de grève de la faim le 27 août dernier pour une durée de 10 jours reconductibles. Installés place Saint-Michel en plein cœur de Paris, les grévistes veulent alerter l’opinion internationale.

Place Saint-Michel, pendant la grève de la faim, j’ai rencontré quelques grévistes de la faim qui m’ont expliqué les raisons de leur grève et le message qu’ils souhaitent envoyer à l’opinion publique internationale.

Rudy est en France depuis 3 mois. Il confie : «Le peuple a commencé une révolution pacifique pour réclamer la liberté et la démocratie et se fait tuer chaque jour. Malheureusement, la révolution rencontre une violence et une répression féroce de la part du régime et des chabbiha. Par le biais de cette grève, nous dénonçons l’inaction de la communauté internationale face aux pratiques violentes exercées contre le peuple syrien ». Rudy évoque aussi les difficultés rencontrées pour l’organisation de cette grève de la faim. Le gouvernement français n’autorise pas les rassemblements sur la voie publique 24 heures sur 24, seules 3 heures par jour sont autorisées. Il ajoute : « La police française a interdit toute photographie de la grève place du Trocadéro, parce que nous n’avions pas d’autorisation. Par cette grève, nous incarnons tout le peuple syrien qui est exposé aux tueries et au terrorisme depuis plus d’un an et demi et qui vit d’eau, de sucre et de sel. Par exemple à Homs, depuis 3 mois, les gens ne trouvent rien à manger, et aucune aide ne leur parvient. La grève durera 10 jours et sera reconduite jusqu’à ce que nous obtenions satisfaction. Nous demandons à l’opposition syrienne d’unifier ses efforts pour former un gouvernement de transition représentant toutes les composantes de la société syrienne et étant l’unique source de financement de l’Armée Syrienne Libre, et de construire une Syrie démocratique, pluraliste et civile où la citoyenneté serait la base, avec une réelle égalité sans distinction, une Syrie solidaire. La révolution syrienne est la révolution de la liberté pour tout le pays, où le carriérisme n’aura pas sa place ».

Hind, résidente en France, affirme de son côté : « Je fais la grève de la faim pour condamner les massacres qui ont lieu en Syrie. Cela me révolte, surtout que depuis des années, nous n’avons entendu ni vu de telles choses dans notre pays, notre patrie. Nous sommes contre le confessionnalisme et les meurtres, nous voulons la paix et la tranquillité pour notre pays. Ma grève de la faim est un message de solidarité avec notre peuple déterminé, même si ce n’est pas comparable avec ce que vit le peuple sur place. Par cette grève, je voudrais envoyer un message à tous les gouvernements arabes et à la communauté internationale pour qu’ils adoptent des positions sérieuses face à ce qui se passe en Syrie ».

Ahmed témoigne : « Je suis ici depuis plus d’un mois et demi, nous sommes en grève de la faim pour protester contre la comédie jouée par les gouvernements et les pays face à un an et huit mois d’hémorragie continue du sang syrien. Pour cela, nous avons trouvé qu’il était nécessaire d’avoir une position responsable dans le but de réaliser une solidarité populaire mondiale, convaincus que cela pèserait sur les gouvernements pusillanimes dans cette bataille humanitaire, et je suis sûr que cela rencontrera un écho favorable dans le monde. Nous avons des revendications écrites, je voudrais rappeler aussi que nous réclamons l’expulsion des diplomates syriens de tous les pays qui prétendent soutenir le peuple syrien alors que des diplomates du régime syrien sont encore présents sur leurs territoires ici et là dans les capitales les plus importantes. Ce sont des revendications raisonnables qui ne sont pas impossibles à réaliser. Donc nous poursuivrons la grève.

Walaa également souhaite s’exprimer : « Je participe à la grève de la faim depuis le premier jour, et mon but est de montrer les souffrances du peuple syrien et de faire aboutir nos revendications indiquées dans notre manifeste. Ce qui m’importe le plus ce sont les prisonniers, ils sont emprisonnés depuis 50 jours et ils font la grève de la faim, sans que ne filtre la moindre information les concernant, parmi eux, le docteur Wael Daghmash qui est en grève de la faim depuis 11 jours.

Assem : « Nous sommes grévistes de la faim à cause des dizaines de massacres, de tueries, de destruction que nous voyons en Syrie, pour que le monde sache à quels mauvais traitements et humiliations le peuple syrien est exposé. La mort est devenue omniprésente en Syrie, entre ceux qui ont été chassés de chez eux ou déplacés après la destruction de leur maison, ceux dont les quatre murs se sont effondrés sur leurs têtes. Malgré cela le monde continue à soutenir ce régime et ne veut pas qu’il tombe, ce silence est incompréhensible et meurtrier. Nous n’avons pas demandé d’intervention étrangère et nous n’en voulons pas. Ce que nous voulons, c’est que cesse le soutien de ce régime par des livraisons d’armes, avec lesquelles il tue un peuple innocent. Il est indispensable que le criminel soit jugé le plus vite possible, en l’espace d’une semaine, car il a commis plus de 4 massacres et nous avons vu comment ses médias ont essayé de couvrir le massacre de Daraya par exemple, au lendemain des événements monstrueux. Bien loin de toute éthique journalistique et humaine, rendez-vous compte, comment meurt le Syrien sous prétexte de faire partie de bandes terroristes ? Il n’y pas de bandes terroristes en Syrie, seulement des gens qui se défendent. Les habitants de Daraya jusqu’à maintenant et même après les massacres, manifestent pacifiquement. Je voudrais dire aux gouvernements de cesser les faux-semblants sous prétexte que l’opposition n’est pas unie. Bien sûr, il faut qu’elle s’unisse, la démocratie n’attend pas. Je souhaite que l’opposition syrienne unisse ses efforts avec les forces pacifiques de l’intérieur et l’Armée Syrienne Libre. Nous demandons au gouvernement français de nous aider à faire parvenir notre message.

Rana: « Notre grève est un appel à la communauté internationale pour qu’elle se dépêche de mettre un terme aux massacres commis chaque jour. Des enfants et des femmes sont tués de sang froid et sans raison. Nous ne sommes pas des terroristes mais des gens vivants dans un pays dont le président est un dictateur.

A compter du dimanche 2 septembre 2012, les grévistes de la faim seront hébergés dans les locaux du Centre International de Culture Populaire au 21 ter rue Voltaire, à Paris dans le 11e arrondissement.

Berivan issa

Les grévistes unissent leurs efforts sous ces mots d’ordre :

1) Accompagner les efforts de l’opposition syrienne pour former un gouvernement de transition

chapeautant l’Armée Syrienne Libre.

2) Exiger la mise en place de couloirs humanitaires pour faire parvenir de l’aide aux civils (au moins deux couloirs sous la protection des Nations Unies).

3) Expulser tous les diplomates et représentants du régime syrien auprès des pays qui prétendent être aux côtés du peuple syrien et hisser le drapeau de la révolution syrienne sur toutes les ambassades et consulats du monde entier.

4) Mettre en place des sanctions sévères à l’encontre de la Russie et de l’Iran pour sanctionner leur implication directe dans les massacres de civils.

5) Imposer un avertissement du Conseil de sécurité au gouvernement égyptien qui doit interdire le passage de tout navire, quelle que soit sa nationalité, transportant armes ou aide au régime syrien via le canal de Suez.

6) Présenter le dossier syrien à la Cour Pénale Internationale et demander la poursuite de Bachar Al Assad comme criminel de guerre devant cette dernière.

7) Encadrer les réfugiés dans les camps installés dans les pays voisins et mettre ces camps sous la seule supervision des Nations Unies et y interdire la présence des organes de Sécurité.

8) Libérer les prisonniers politiques sous le contrôle d’une mission du Conseil de Sécurité. Permettre aux organisations internationales de visiter, sans condition, les centres de détention des organes de la Sécurité, notamment la prison de l’aéroport militaire de Mezzeh qui dépend des services d’informations aériens.

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