Union africaine : les raisons d’une élection difficile

L’Union africaine (UA) est parvenue à élire, le 15 juillet, à Addis-Abeba, en Ethiope, un président de son organe dirigeant. Il s’agit de Mme Nkosazana Dlamini Zuma, originaire d’Afrique Australe. Une élection cafouilleuse, « à l’africaine ». Heureusement, sans effusion de sang !

Une femme à la tête de l’Union africaine, organisme qui a remplacé, en 2002, l’Organisation de l’unité africaine (OUA), son ancêtre, est une grande première. L’originalité de cet événement est également le fait que c’est la première fois qu’à ce niveau, l’Afrique francophone soit remplacée par l’Afrique anglophone.

Notons que cette circonstance a, surtout, permis d’étaler les lignes de faille traditionnelles qui divisent l’Afrique, car il aura fallu six mois de palabres, en deux temps (en janvier et juillet) et huit tours de scrutins, pour parvenir à l’élection de Mme Nkosazana face à Jean Ping. Elu en 2008, ce dernier rempilait pour un deuxième mandat. L’une est sud-africaine, anglophone, l’autre est gabonais, francophone.

En janvier, le 14ème sommet de l’UA, destiné à organiser cette élection, s’est soldé par un échec, les idées partisanes l’ayant emporté sur la nécessité de consolider les fondations de l’union, et pouvoir ainsi résoudre nombreux problèmes épineux qui se posent au continent. Devant les intérêts en jeu, l’« Afrique plurielle » a vite montré son vrai visage, c’est-à-dire l’existence d’une Afrique anglophone, d’un côté, et celle d’une Afrique francophone, de l’autre. Et, même l’entrée en lice d’un troisième larron, à travers une Afrique lusophone.

« La Côte d’Ivoire Bis »

La faille n’est pas que linguistique. Elle est aussi géographique. Dans sa campagne menée tambour battant pour sa candidate, l’Afrique du Sud répétait à l’envi que « l’intéressée était non la candidate d’un pays, mais celle plutôt d’une sous-région ». Allusion clairement faite à la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe), à laquelle appartiennent, entre autres, l’Angola et le Mozambique, deux des cinq pays lusophones africains. Mais, n’a-t-on pas vu le Sénégal de Wade faire cavalier seul, à propos de la question libyenne, en dehors de la décision de la CEDEAO (Communauté économique et de développement de l’Afrique de l’Ouest) ? Un exemple parmi tant d’autres.

La division, c’est aussi la guerre larvée de leadership entre l’Afrique du Sud, d’une part, et le Nigeria, de l’autre, les deux géants économiques du continent. Celle-ci se traduit souvent par une opposition systématique de points de vue que les deux pays expriment devant les problèmes interafricains majeurs. En témoigne, par exemple, le cas de la Côte d’Ivoire pour lequel l’Afrique du Sud s’est illustrée en pro-Gbagbo, tandis que le Nigeria était pour une « solution juste », c’est-à-dire la reconnaissance de la victoire de son rival, Dramane Ouattara, actuellement au pouvoir. Étaient-ils prêts(avec leurs pays satellites respectifs), à cette occasion, à jeter leur dévolu sur un candidat commun ?

Relevant d’une « fracture matricielle », forgée par le passé colonial du continent, ces failles ne pouvaient ne pas réapparaître, à Addis-Abeba, pour l’élection du président de la Commission de l’Union africaine. Surtout, par ces temps où l’Afrique commence à relever la tête, avec une croissance de l’ordre de 5 % par an, mais aussi en raison du projet de restructuration des organes de l’Onu, et de l’éventualité de la représentation du continent au niveau du Conseil de Sécurité. Perspectives alléchantes qui exigent un pays leader ! Pour ce faire, réussir à placer son pion à la direction de cet organisme de décisions africain, c’est déjà, en partie, avoir son rêve à ses pieds.

D’où la fébrilité, à tous crins, manifestée par l’Afrique du Sud, au point de fouler aux pieds la règle, certes non écrite, qui voudrait que la présidence de l’Union soit l’affaire de petits pays. D’où, enfin, ce cafouillage qui a entaché le déroulement de cette élection… qualifiée par les médias africains de « La Côte d’Ivoire Bis ».

Jean-Jules LEMA LANDU

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