Guinée : l’opposant Bah Oury dénonce les exactions du régime

Vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), Bah Oury vit en exil en France depuis l’attaque armée de la résidence privée du président Alpha Conde en juillet 2011. Dans l’entretien qu’il a accordé à L’Œil de l’exilé, le numéro 2 de la première force politique de l’opposition guinéenne revient sur les raisons de son départ de Guinée et analyse la situation politique et sociale dans son pays.

Vous avez quitté clandestinement la Guinée au lendemain de l’attaque du domicile privé du président Alpha Conde. Comment vivez-vous cet éloignement de votre pays? 

Bah Oury: J’ai la chance de vivre avec ma famille, ce qui est un privilège très rare. Ce qui fait que je vis l’exil avec moins de souffrance que d’autres ne l’ont vécu. Mais c’est toujours une déchirure de vivre loin de son pays, de savoir qu’il y a des hommes et des femmes qui se battent dans des conditions très difficiles. Mon souhait le plus ardent serait d’être auprès d’eux, pour affronter la situation actuelle ensemble et voir comment évaluer la situation politique de notre pays. Donc c’est avec tristesse que je suis quelquefois un spectateur de ce qui se passe, mais j’essaie de faire de mon mieux pour les accompagner dans cette phase relativement difficile.

Pourquoi avez-vous pris la décision de quitter la Guinée?

Bah Oury: J’ai disparu parce que j’étais obligé de le faire. Des militaires en civil sont venus me chercher à la maison. Heureusement que j’avais eu le réflexe de me rendre compte qu’ils ne venaient pas de manière amicale. Le soir, ils sont revenus en uniforme et ont tout dévasté. Il fallait sauver ma vie parce que je suis père de famille et puis, cela permet de pouvoir continuer la lutte et je la continue.

Votre éloignement de la Guinée ne risque t-il pas de diminuer votre influence dans l’arène politique ? 

Bah Oury: Paradoxalement, je crois que c’est en étant loin qu’on est plus influent. Déjà certains se rendent compte de mon absence. Ce qui est une reconnaissance de ce que je faisais et de la manière dont je le faisais. Moi je dis simplement que j’ai des hommes, des femmes et des jeunes qui croient en Bah Oury et qui savent que présent ou pas, ce que je fais, je le fais pour une cause. Et comme ils sont engagés pour cette cause, mon absence ne les empêche pas de continuer à combattre pour la cause que nous défendons tous.

Nous allons parler de votre relation avec Cellou Dalein Diallo qui est le président de votre parti. Aujourd’hui plusieurs observateurs pensent que le divorce est consommé entre vous? 

Bah Oury: C’est vrai que nous n’avons pas la même démarche politique. Nous avons une lecture différente de la situation actuelle, surtout de l’attitude qu’il faut avoir vis-à-vis du pouvoir d’Alpha Conde. Moi je ne crois pas qu’avec Alpha Conde il faille y aller avec le dos de la cuillère parce que dans une large mesure il privilégie toujours le rapport de force. Pour dialoguer il faut être au même niveau. Dans le contexte actuel, le président guinéen fait semblant et il n’est pas intéressant que de l’autre côté on fasse semblant de dialoguer parce qu’en fin de compte, on perd du temps et le résultat risque de ne pas satisfaire la cause de la démocratie. Ensuite je crois qu’ il y a des situations où lorsque vous êtes capitaine d’une équipe il faut assumer votre responsabilité avec justesse, avec impartialité et avec rigueur. De ce point de vue j’ai beaucoup à redire mais je réserve cela pour plus tard.

Le camp du président Alpha Conde vous accuse d’être l’aile dure de votre parti l’UFDG. Certains disent même que vous êtes le meneur d’une ligne pro-peulh qui est l’ethnie à laquelle vous appartenez?

Bah Oury: Pro- peulh c’est trop facile. C’est une manière de caricaturer la cause de la démocratie pour laquelle nous nous battons depuis très longtemps. Hier avec le RPG (Parti présidentiel) on s’est battu pour des militants de ce parti. A ce moment-là, on ne disait pas que nous défendions une ligne pro-peulh. Aujourd’hui, le RPG fait des exactions et stigmatise une partie de la communauté nationale. Et pour cette raison on ne peut pas se permettre de les laisser faire. Je dois dire que quelque soit son ethnie, lorsque les droits d’un citoyen sont violés, il est de la responsabilité et du devoir de ceux qui ont des convictions démocratiques de se battre pour faire cesser le tort. Et à l’heure actuelle, Alpha Conde cause du tort à la liberté, à la démocratie et aux droits de l’Homme en Guinée. C’est la raison pour laquelle je me place catégoriquement dans le camp de l’opposition qui le combat.

Peut-on dire qu’il existe un problème d’ethnie en Guinée?

Bah Oury: C’est trop compliqué à dire. Je pense que le problème ethnique n’est pas aussi marqué qu’on le prétend. Parce qu’on a des expériences historiques qui ont fait que pour des moments décisifs qui engagent l’ensemble des collectivités nationales, tous les Guinéens, quelque soit leur ethnie, se sont rangés dans cette orientation. Prenons par exemple les grèves générales de 2007- 2009, tout cela a été fait à l’unisson par l’ensemble des populations guinéennes. Et donc de ce point de vue il faut reconnaître que ce n’est pas l’appartenance ethnique qui a dominé. Mais dès qu’il s’agit de lutte pour le pouvoir, les administrations, issues des pouvoirs qui ont gouverné la Guinée depuis Sekou Toure (premier président de la Guinée indépendante) recréent malheureusement ces relents d’ethnocentrisme. Le problème est au niveau des élites, pas au niveau du peuple.

Le pouvoir d’Alpha Conde vous cite directement dans les responsabilités de l’attaque du domicile du président en juillet dernier. Aujourd’hui, un an après, ce dossier est devant la justice guinéenne. Quelle sera votre stratégie si les tribunaux vous condamnaient par contumace?

Bah Oury: Pour le moment, je n’ai pas de problème par rapport à ça. Ce qui est le plus important, ce sont ceux qui sont en prison et qui croupissent dans des conditions difficiles. C’est pour ceux-là que je me lève pour montrer qu’Alpha Conde est dans une dérive dictatoriale qui peut amener le pays dans une situation très difficile. C’est la raison pour laquelle je me bats avec acharnement : pour que ceux qui sont injustement emprisonnés soient libérés. Mais on sait qu’avec Alpha Conde, Bah Oury sera condamné. Pour moi, ce n’est pas un problème car ça ne m’empêchera pas de continuer le combat que je mène.

Revenons sur votre parti politique. Estimez-vous que l’UFDG en général et son président Cellou Dalein Diallo en particulier ne vous a pas suffisamment soutenu dans le dossier de l’attaque armée de la résidence privée d’Alpha Conde en juillet 2011?

Bah Oury: L’UFDG soutient majoritairement Bah Oury. Mais dans un parti politique, il ne faut pas exclure les rivalités et les approches idéologiques différentes.

Existe-t-il des rivalités entre Cellou Dalein et vous?

Bah Oury: Moi je considère que lorsqu’on est le capitaine d’une équipe, il faut montrer l’exemple. Il faut être à la hauteur des situations. Encore une fois de ce point de vue, j’ai beaucoup à dire mais comme je vous l’ai dit, je le réserve pour plus tard.

Propos recueillis par Mamadou Hady Nadhel Diallo

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