Guinée: l’impossible organisation des législatives

Plus de 18 mois après l’investiture du nouveau président guinéen Alpha Conde le pays n’a toujours pas élu son Assemblée Nationale. Ce scrutin devait se tenir six mois après la Présidentielle de 2010 pour mettre fin à une transition politique née du coup d’état militaire du 23 décembre 2008.

La pomme de discorde c’est la CENI. La Commission Electorale Nationale Indépendante ne fait plus l’unanimité au sein de la classe politique guinéenne. L’opposition réunie au sein du « Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition » et « l’Alliance pour le développement et le progrès » (ADP) exigent la démission de son Président Lounceny Camamra à la suite de sa condamnation par un tribunal de Conakry à un an de prison et une amende de 2 millions de francs guinéens pour vol de procès verbaux lors de la présidentielle du 27 juin 2010. En outre, l’institution chargée d’organiser les élections en Guinée est minée par des querelles internes. Ses membres ne sont pas d’accord sur la gestion de cette structure. Une situation qui a conduit à la démission en octobre dernier de certains commissaires.

Nouvelles manifestations

Pour Aboubacar Sylla, leader de l’ Union des Forces du Changement (UFC), «il est impossible aujourd’hui que le pouvoir accepte un dialogue structuré avec l’opposition pour qu’autour d’une table nous examinions sereinement les conditions dans lesquelles organiser avec toute la transparence et l’équité les élections législatives ». Conséquence: l’opposition annonce une nouvelle vague de manifestations pour se faire entendre. De quoi inquiéter bon nombres d’observateurs de la politique guinéenne. En effet, à Conakry les manifestations pacifiques de l’opposition sont souvent réprimées de façon violente, parfois avec des tirs à balle réelle faisant de victimes. Déjà la semaine dernière Alassane Conde, ministre de l’Administration du Territoire et de la décentralisation interdisait toute forme de manifestation de l’opposition.

Récemment c’est le mouvement social guinéen qui s’est saisi de la crise. Dans un mémorandum, le Conseil National des Organisations de la Société Civile, l’Inter-centrale syndicale et le Patronat ont demandé au président Alpha Conde la publication d’un décret pour dissoudre la composition actuelle de la CENI. Une mesure qui selon le mouvement social devrait « permettre de décrisper la conjoncture politique actuelle qui a vu survenir une nouvelle majorité et une nouvelle opposition en Guinée ».

C’est dans ce contexte très tendu à Conakry que la visite du président guinéen est annoncée prochainement à Paris. Alpha Conde et François Hollande, qui appartiennent tous les deux à l’Internationale socialiste, devraient réexaminer l’axe de coopération Conakry-Paris. Si aucune date pour cette visite officielle n’est encore fixée, la question des élections législatives en Guinée pourrait aussi occuper une place importante dans leur entretien.

Mamadou Hady Nadhel Diallo

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