En Mauritanie, la dure bataille des anti-esclavagistes

En Mauritanie, l’esclavage est encore d’actualité en 2012 et la bataille est des plus rudes pour les anti-esclavagistes réunis dans l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) de Biram Dah Abeid.

Le 27 avril, la lutte contre l’esclavage a franchi un nouveau palier avec un acte inédit, pour le moins jamais vu dans cette République Islamique. Après une prière du vendredi qu’il avait organisée dans un quartier populaire de la capitale Nouakchott, Biram Dah Abeid a, avec ses camarades, brûlé des livres du rite islamique ‘’Malekite’’ qui selon lui justifient et légitiment la pratique de l’esclavage.

Après cet acte courageux pour certains et provocateur pour d’autres, les imams de Mauritanie se sont saisis de l’affaire et le gouvernement a réagi par l’envoi d’un commando chez Biram Dah Abeid. Après un bouclage du quartier et l’utilisation de grenades lacrymogènes, le commando s’est introduit chez le président d’IRA et est parvenu à l’interpeller.

Une vaste campagne de propagande soigneusement organisée par le gouvernement mauritanien, les imams et le parti au pouvoir a immédiatement. Des milliers de « manifestants » sont sortis dans la rue pour réclamer l’application de la peine de mort sur la personne de Biram Dah Abeid. Le président mauritanien, le général Mohamed Ould Abdel Aziz est sorti de son palais, accompagné de son ministre des affaires islamiques, pour aller à la rencontre des foules surexcitées et pour dire que l’Etat infligera une punition exemplaire à Biram Dah Abeid. Il a aussi réaffirmé le caractère sacré de l’islam dans le pays.

Pas de droit de visite

Incarcéré depuis le 27 avril dans un lieu tenu secret avec des militants anti-esclavagistes de son organisation, Biram Dah Abeid n’a pas le droit de recevoir de visite. Les organisations mauritaniennes des droits de l’homme et le porte parole du Quai d’Orsay se disent préoccupés par son cas. Amnesty international a plaidé pour une action d’urgente en sa faveur. Des manifestations quotidiennes ont lieu à Nouakchott pour demander sa libération. Elles sont sauvagement réprimées par le pouvoir. Des militants anti-esclavagistes sont agressés en plein jour par des agents de renseignement.

L’esclavage en Mauritanie est pratiqué par les hommes du pouvoir, leurs familles et leurs tribus. Les populations harratines (populations noires) sont les victimes de cette barbarie qui s’appuie sur un dogme religieux. Une loi criminalisant l’esclavage a été adoptée par le parlement mauritanien en 2007 mais elle n’a jamais été appliquée. En Mauritanie, les abolitionnistes sont victimes de persécution, de violence et d’intimidation et finissent toujours en prison en lieu et place des esclavagistes.

La communauté internationale reste muette face aux violations graves des droits de l’Homme en Mauritanie. La presse française que j’ai contactée à plusieurs reprises pour ce cas précis reste indifférente.

Abou Tagourla

Twitter : @AbouTagourla
Blog : tagourla.wordpress.com
 
 

Extraits des livres brûlés par les abolitionnistes

Dans le livre (Moukhtassar Khalil) que l’on voudrait « référence » à tout, on lit à la page 32 : « la femme esclave ne doit pas cacher son corps, contrairement à la femme libre, mais si son maître la possède et trouve un enfant avec elle, même sans mariage, elle doit se comporter comme les femmes de « bonne extraction » (se couvrir). Ainsi, l’on permet au maître, à travers cette « législation » de disposer de son esclave comme il veut, car c’est son bien, « sa chose ». Le summum de cette aberration se trouve être l’autorisation faite au maître de coucher avec son esclave, même quand elle est mariée, et ce même devant son époux de même condition qu’elle !

A la page 118 de cette propédeutique clairement avilissante, il est dit que « le maître peut, à tout moment, prononcer la nullité du mariage de son esclave (homme ou femme), s’il veut le ou la vendre par exemple ». Dans Khalil, « le maître peut castrer son esclave pour qu’il s’assure qu’il n’aura pas de rapports avec sa maîtresse ». Les mêmes craintes d’être cocu par son propre esclave poussent les maîtres à n’acheter, comme esclaves de tente, que des « hommes » laids ! »

A la page 321, il est dit que « le maitre peut affranchir une partie de son esclave (le quart, la moitié, quelques jours »). Pour ce qui est des affranchis (Elmewali), ils restent dans la lignée du maître pour grossir le nombre de la tribu. Dans Khalil, il est dit que le djihad (guerre sainte) est l’une des sources de l’esclavage.

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