Un français prisonnier politique au Cameroun depuis 15 ans

Michel Thierry Atangana Abéga né le 14 juin 1964, ayant acquis la nationalité française en 1988, est détenu dans une cellule du secretariat d’Etat à la défense du Cameroun (SED) depuis le 12 mai 1997.

Interpellé par le Groupement spécial d’opération sur ordre du préfet du Mfoundi, actuel ministre délégué la présidence de la République, il avait été placé en garde à vue pendant près de deux mois. Onze ans de détention provisoire sans enquête préliminaire pour « détournement de deniers publics » en co-action avec M. Titus Edzoa, ex-secrétaire général de la présidence de la République, ministre de la Sante candidat déclaré à l’élection présidentielle.

Ce procès politique initié par le président de la République Paul Biya consistait à anéantir son rival Titus Edzoa en même temps que ses proches, dont Michel Thierry Atangana Abéga, directeur de COPISSUR, une société engagée dans le projet de construction des axes routiers.

Un procés inéquitable

Après de longues années d’enquêtes, le juge avait rendu une ordonnance de non-lieu total le 23 Octobre 2008 sur toutes les charges qui pesaient sur Michel Thierry Atangana Abéga. Qu’importe ! Michel Thierry Atangana Abéga reste en prison en vertu d’un procès inéquitable du tribunal de grande instance le 3 Octobre 1997 qui l’a condamné à 15 ans de prison ferme.

Tous ses droits ont été violés : refus de constitution de son avocat Me Ndiaye du cabinet de Me Verges, brimades, menaces. Et, au lieu d’être conduit dans une maison d’arrêt, conformément à la loi, il a été séquestré dans une cellule humide, mal aéré, dégageant une odeur faisandée. Il a été contraint à 23 heures d’isolement par jour pendant 3 ans. Pas de télé ni radio.

Aucune activité sportive ou culturelle. Pas de vêtement, pas de sortie. Malgré le décès de sa mère suite à une dépression nerveuse le 4 aout 2002, aucune sortie ne lui a été autorisée pour se rendre à son enterrement qui se déroulait à une dizaine de kilomètres de sa cellule. Il n’a plus jamais vu ses enfants. Tous ses comptes bancaires ont été bloqués ; les investissements immobiliers arrêtés par une note du Premier ministre.

Un homme épuisé

Michel Thierry Atangana Abéga est un homme épuisé, fragilisé par la décalcification de ses os, la perte de vue, l’abandon de la France et de la communauté internationale. Durant douze ans de détention, il n’avait eu aucune visite des autorités consulaires françaises. Malgré ses cris de détresse en direction d’Alain Juppé, la France est restée sourde. Et au moment où il croyait sortir de sa cellule, un autre procès vient d’être engagé contre lui alors que les textes internationaux stipulent que « nul ne peut être poursuivi ou puni en prison en raison d’une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la procédure pénale de chaque pays ».

Michel Thierry Atangana Abéga est un citoyen français prisonnier politique dans un pays qui bafoue l’article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme qui donne le « droit à tout prisonnier de bénéficier d’une détention dans des conditions de dignité humaine ». La France a l’impérieux devoir de se mobiliser sur son cas, un de ses citoyens emprisonné loin de l’Hexagone.

Rémy J. Ngono

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