La victoire des socialistes vue d’Afrique

« Le changement, c’est maintenant », clamaient les socialistes. Tout au long de cette rude campagne électorale, les pays d’Afrique francophone avaient les yeux tournés vers Paris. Avec l’espoir que la gauche emporte la mise. Le slogan a fait mouche.

Depuis l’élection de François Mitterrand, en 1981, la passion que soulève la présidentielle française, en Afrique, ne faiblit pas. Le phénomène s’est installé. Surtout – et cela se sent – quand la gauche a le vent en poupe.

Ainsi, l’Afrique est-elle une alliée objective de la gauche ? L’explication n’est pas toujours aisée, mais on peut dire que les Africains ont de la politique, en Occident, une conception manichéenne (qui oppose le bien et le mal) : la droite, antre des réactionnaires, comprendrait des méchants, et la gauche, oasis des progressistes, hébergerait des bons.

L’histoire de relations malsaines

D’Alger à Kinshasa en passant par Dakar, le sentiment généralement exprimé était de voir « les méchants s’en aller ». Place donc à la gauche. « Pour que les intérêts du continent soient finalement pris en compte » ?

Les médias africains analysent. De fil en aiguille, ils remontent l’histoire des relations malsaines entre la France et l’Afrique, depuis l’instauration de la Ve République. De Jacques Foccart, le premier « Monsieur Afrique », inventeur des réseaux mafieux à l’Elysée, autrement appelés Françafrique, à l’« affaire des mallettes d’argent » qui auraient été destinées par des présidents africains à Jacques Chirac, beaucoup d’eau aura coulé sous le pont. Avec, dans l’intervalle, la « partie théâtrale » jouée par Bokassa et Giscard d’Estaing, au sujet des diamants. L’un affirme avoir donné, l’autre nie avoir reçu. Au grand dam de l’Afrique !

Mais, dans l’intervalle aussi, les médias africains relèvent, avec ironie, le passage de la gauche au pouvoir, de 1981 à 1995, sous la présidence de François Mitterrand. « Le passage de flambeau entre les mains des ‘progressistes’ n’a rien arrangé pour l’Afrique », constate Journal du Jeudi du Burkina Faso. En dépit de tous les engagements que le président socialiste a pris, sur le tard, au sommet des chefs d’Etat français et africains, à La Baule, en 1990. « La Françafrique est restée droit dans ses bottes, pendant 14 ans », conclut le journal.

Les faits et gestes de Nicolas Sarkozy

La lorgnette de la presse africaine a aussi visé les faits et gestes de Sarkozy, l’unique président de la droite à avoir dénoncé ce mal. Il en résulte que « la parole de celui-ci n’était pas liée à ses actes ». En ce sens, Abstention Citoyenne, hebdo de N’Djamena peste : « L’armée française est toujours dans nos pays, malgré la promesse du sommet France-Afrique de Nice, en 2010 ». A Nice, où Sarkozy avait « tourné la page d’une relation complexe et complexée ».

L’Afrique a-t-elle la mémoire si courte pour oublier toutes ces pirouettes blessantes ? « Comment la France fera-t-elle face aux pays émergents sans recourir à son système de cooptation des dirigeants, des chasses gardées commerciales et des réseaux occultes ? », s’interroge Nouvel Observateur, média français, en appui au questionnement de la presse africaine.

Deux réponses, courtes, viennent aussitôt à l’esprit. Primo, l’Afrique a grandi, n’en déplaise à ceux qui pensent qu’elle continue à souffrir du « syndrome de Peter Pan », c’est-à-dire « ces adultes qui restent éternellement enfants ». Secundo, la France se doit d’en tenir compte, au risque de voir les pays émergents (la course est déjà engagée) la coiffer au poteau. Oui, « ce » changement, c’est maintenant, cher Monsieur Hollande.

Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France.

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