Algérie : les journalistes à la peine

Pour les journalistes algériens, la journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, est l’occasion d’évoquer leurs difficultés à exercer normalement ce métier. A la veille des élections législatives prévues le 10 mai dans ce pays, les équilibres politiques, idéologiques et économiques sont stationnaires.

Des millions d’Algériens vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Avec des salaires rongés par l’inflation, la crispation sociale s’aggrave, l’angoisse se répand et la violence risque d’exploser à tout moment. Le combat contre la corruption est difficile et les affaires rocambolesques qui impliquent les responsables du pouvoir jaillissent de partout. Dans ce climat délétère, les trafics d’influence et les détournements d’argent ont discrédité le pouvoir. Et les Algériens ont le sentiment d’une justice aux ordres.

Avec 80 titres et 2 millions d’exemplaires par jour, la concurrence est rude entre les journaux. Seuls les quotidiens (al-Khabar, al Watan, Liberté, le Quotidien d’Oran) ont acquis leur indépendance en matière de société d’impression ; en revanche, pour certains titres le monopole des coopératives de distribution constituent une épée de Damoclès et plusieurs sont appelés à disparaître.

Combattants de la plume

Du côté des journalistes, les questions de formation, les salaires très bas, la carte de presse bloquée au ministère de tutelle et la non reconnaissance des journalistes pigistes à travers les 48 départements du pays représentent autant d’entraves à un bon exercice du métier. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) algérien, malgré son existence légale et effective sur le terrain, manque terriblement de moyens. Seule organisation représentative, -elle a obtenu son agrément le 2 mars 1999- elle ne dispose toujours pas de locaux, et ne bénéficie d’aucune subvention de l’état.

A ce tour d’horizon sur la situation de la presse en Algérie, il faut ajouter les rivalités entre les différents quotidiens à savoir la presse arabophone taxée de tendance islamique et la presse francophone pro-occidentale, ou nationaliste (parti unique FLN).

Il faut aussi évoquer le cas des journalistes qui, pendant la décennie noire, ont pris le chemin de l’exil laissant derrière eux enfants, femmes, et familles et se retrouvent dans des conditions dramatiques y compris des dépressions aboutissant parfois au suicide.

Ces combattants de la plume qui ont trop donné à l’Algérie sont désormais oubliés dans les archives du pouvoir. Cette journée de la liberté de la presse est l’occasion de rappeler le souvenir de ces intellectuels et de demander au président Bouteflika qu’ils soient rétablis dans leurs droits et leur dignité par cette Algérie qui les a oubliés.

 Mohamed-Chérif Bouhouia

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