Atiq Rahimi, romancier afghan en exil

Prix Goncourt 2008 pour son roman Syngué Sabour, Atiq Rahimi est un écrivain et cinéaste qui a la double nationalité française et afghane.

Né le 26 février 1962 à Kaboul, Atiq Rahimi fait ses études au lycée franco-afghan de Kaboul pendant la guerre d’Afghanistan de 1979 à 1984. Ensuite, il se réfugie au Pakistan. Puis, il demande et obtient une demande d’asile en France. Aujourd’hui, il habite à Paris.

A son arrivée en France, il se lance dans des études d’audiovisuel et il obtient un doctorat de cinéma à la Sorbonne. Il a réalisé plusieurs films documentaires comme Zaher Shah, le royaume de l’exil en 2000 et Afghanistan en 2002.

« Il me fallait une autre langue que la mienne pour parler des tabous ».

Syngué Sabour, Pierre de patience, est son premier livre, écrit non pas dans sa langue maternelle le persan, comme les trois précédents, mais dans sa langue d’exil -d’adoption -, le français. « Il me fallait une autre langue que la mienne pour parler des tabous. Ma langue maternelle, le persan, m’impose des tabous, des interdits. La langue maternelle permet de dire l’intime, mais c’est aussi la langue de l’autocensure. Adopter une autre langue, le français, c’est choisir la liberté », explique l’écrivain.

Syngué Sabour raconte l’histoire d’une femme qui prie devant le corps blessé et inerte, de son mari, un guerrier de Dieu. Elle lui parle à voix basse, mais bientôt, la rage et la haine s’emparent d’elle. Elle dit les souffrances, la solitude, les meurtrissures de la guerre, de l’obscurantisme. Elle se rebelle, ose clamer son besoin d’amour, ses désirs de sexe.

« Je prends à l’Occident son genre littéraire, le roman – raconter une histoire sans métaphores. Je prends à l’Orient ses rites, son imagerie et sa poésie. Et je fais la symbiose de tout cela ».

A la question de savoir si Syngué Sabour sera traduit en persan et si les Afghans pourront le lire, Atiq Rahimi a répondu, dans un entretien au magazine Télérama : « Je l’espère. Mais je ne pourrais pas le traduire en persan. J’écrirais une autre histoire, un autre roman. Terre et cendres a été publié en Iran, le livre circule… La tradition littéraire et philosophique persane tend vers l’amour. Aujourd’hui, en Afghanistan, l’obscurantisme religieux et politique nous oblige à craindre l’autre, à ne faire confiance qu’à Dieu. Je ne peux pas me réconcilier avec ces barbares. Je ne peux pas les réveiller. J’aimerais simplement perturber leur sommeil ».

Entre Orient et Occident

A propos de la forme de ses écrits, il ajoute : « Je prends à l’Occident son genre littéraire, le roman – raconter une histoire sans métaphores. Je prends à l’Orient ses rites, son imagerie et sa poésie. Et je fais la symbiose de tout cela ». En ce qui concerne le cinéma, Atiq Rahimi considère cet art comme un langage universel, le plus à même de parler de la situation de son pays d’origine.

Il est pessimiste quant à l’avenir de son pays et du monde. Atiq Rahimi préfère mettre en lumière non pas le spectacle de la guerre mais la souffrance des hommes. Modestement, il jette des ponts entre poésie et roman, entre Orient et Occident.

Dans un entretien publié dans L’Express, l’écrivain-cinéaste a été interrogé sur l’animal qu’il préfère. « « L’âne, car c’est l’animal le plus sage qui soit. On a l’impression que tout le dépasse. Il y a une sorte d’innocence dans son regard, et d’étonnement face à l’absurdité du monde », a-t-il répondu.  »

Osman Ahmadi

Les Œuvres d’Atiq Rahimi:
-Ouvrages
Terre et cendres, Paris 2000.
Les Mille Maisons du rêve et de la terreur, Paris 2002.
Le Retour imaginaire, Paris 2005.
Syngué sabour ou Pierre de patience, Paris 2008.
Maudit soit Dostoïevski, Paris 2011.
 
-Cinéma:
2004 : Terre et cendres, prix Regard vers l’avenir au Festival de Cannes 2004.
 
-Divers
2011 : pour France Culture, il produit la Grande Traversée consacrée à l’Afghanistan
 
-Prix littéraires:
2008 : prix Goncourt pour Syngué Sabour, Pierre de patience.
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