CA.ME.R.A, : les ambitions d’une association des journalistes exilés

Ancien résident de la Maison des Journalistes, le journaliste Igor Levin est en train de lancer CA.ME.R.A. (Association des journalistes et documentaristes réfugiés), qui a pour but l’offre d’une source alternative d’information face aux média classiques.

Réfugié en France, Levin cherche à faire s’exprimer les voix silencieuses de ses confrères réfugiés pour partager avec le monde la réalité des situations qu’ils ont vécues.

Né au Kirghizstan, à la frontière de la Chine, Igor Levin, fils de communistes juifs de l’Union soviétique, a quitté le domicile de ses parents et son éducation conformiste à l’âge de 14 ans. Pendant dix ans, il a habité dans une yourte et a beaucoup voyagé en Asie centrale, surtout au Tibet. Levin a travaillé dans l’architecture, la photographie et le journalisme. Aujourd’hui, il se dirige vers le film et le documentaire. Contraint à fuir le Kirghizstan, en juin 2010, à cause de son travail de journaliste d’investigation, il est arrivé en France, puis a été hébergé à la Maison des Journalistes.

Actuellement Levin se consacre au développement de CA.ME.R.A., un nom qui évoque les régions de l’Asie Centrale, le Moyen Orient, la Russie et l’Afrique. Cette association indépendante, fondée en août 2011, est organisée par et pour des journalistes et documentaristes réfugiés. Le premier de ses projets est de regrouper des journalistes exilés de ces régions qui écriront, dans leur langue maternelle, sur l’actualité dans leurs pays d’origine.

Dans une interview à l’Oeil de l’exilé, Igor Levin , président de CA.ME.R.A. explique les ambitions de cette association.

-Comment se présente votre projet et quel est son contenu?

-Igor Levin : Le lieu de publication sera deux sites-Web, ca.me.r.a_positive et ca.me.r.a._negative. Déjà une équipe des journalistes, photographes et documentaristes de Russie, d’Asie centrale, d’Afrique de l’est, et France sont engagés dans ce projet. L’association CA.ME.R.A. ne veut pas faire partie d’un média classique dominant (« mainstream »). Elle publiera des textes de personnes ayant une expertise sur les régions de CA.ME.R.A., comme des journalistes européens, des professeurs, des étudiants, ou des activistes sociaux. Les gens ont le droit à une image et à des informations alternatives, et ils peuvent choisir ce qu’ils considèrent comme la réalité.

Ces journalistes aux origines multiples écriront sur des sujets qu’ils trouvent personnellement intéressants, originaux, et authentiques. Chaque journaliste qui contribue au site est responsable d’écrire dans sa langue maternelle seulement. Dans ce système, tous les journalistes ont la responsabilité individuelle de choisir les enjeux qu’ils croient importants et de représenter entièrement leurs cultures d’une façon franche et naturelle.

Nous diffusons simplement notre point de vue. Nous discutons les vrais problèmes de ces régions et nous créons la discussion dans laquelle les lecteurs pourront trouver ce qui est la vérité pour eux.

Le but est d’établir une discussion honnête des cultures et de l’actualité pour que les gens qui désirent comprendre la réalité des régions de CA.ME.R.A. le puissent. Les média classiques ne présentent pas les faits dans tout leur contexte. On n’est pas obligé de suivre la réalité qu’ils ont créée.

Normalement, la compréhension entre des cultures est possible si nous joignons nos expériences. Il faut éliminer la barrière à l’entente mutuelle, et trouver les trous dans le mur qui nous sépare pour se serrer la main.

CA.ME.R.A. désire montrer toutes les facettes de l’actualité, sans parti pris. Les deux sites avec des articles, camera_negative et camera_positive, auront la même structure et le même style, créant deux sites en miroir de l’un de l’autre. Mais le contenu de ces sites sera distinct, reflétant soit des images et des histoires positives- des élections réussies, ou des fêtes nationales, par exemple- soit des articles et des visuels négatifs, focalisés par exemple sur la répression des libertés ou sur la pauvreté. On a besoin d’un équilibre entre le positif et le négatif afin d’éviter de donner trop d’importance au négatif dans le monde.

-Quels sont vos autres projets de développement ?

-Igor Levin : Un des projets qui marque la prochaine étape de la création de CA.ME.R.A. se nomme « OneWorld ». L’idée est de fonder un musée des cultures nomades dans toutes les régions comprises en CA.ME.R.A. On veut montrer la culture des minorités. Il faut commencer le dialogue entre des cultures et la dialogue entre des civilisations.

Le centre du musée serait une reproduction des villages nomades, surtout de leurs maisons qui s’appellent yourte. L’endroit pour le musée n’est pas encore certain, mais j’espère le situer dans la région Languedoc, où il y a un climat idéal pour les yourtes.

Plusieurs autres projets sont également en voie d’être achevés. « Artifestation, » une sorte de festival de l’art dans la rue, mettrait en exposition l’art de graffiti.

-A titre personnel, qu’êtes-vous en train de réaliser ?

-Ne pouvant plus écrire dans ma langue maternelle, j’ ai choisi un nouveau métier : le visuel. Mon premier film est presque terminé. Il s’agit d’un documentaire qui révèle le chemin du pèlerinage au sommet de la montagne Kailash au Tibet. Inner Sanctum (« Sanctuaire Interne ») sera fini le mois prochain et sera présenté cet été dans plusieurs festivals autour du monde. Déjà, le film est accepté dans un festival international à Katmandou au Népal, et à un festival des films bouddhistes et un festival de cinéma indépendant en Inde.

A partir de cet été, avec d’autres membres de l’association, nous allons commencer à tourner des documentaires, notamment sur la société islamique en France et sur la situation des réfugiés en France. Nous voulons aborder les questions sociales les plus brûlantes d’une manière plus profonde et révélatrice qu’on le voit quotidiennement dans les média.

Pourquoi les réfugiés sont-ils un problème dans la société française ? Il faut avoir une discussion internationale du programme des réfugiés pour comprendre. Les média ont souvent peur d’aller assez loin dans la discussion.

-Comment allez-vous financer vos projets ?

-Igor Levin : Pendant notre recherche de soutien financier, l’équipe du CA.ME.R.A. offre ses compétences dans la structure des services payants, comme « creadesign » et « camera_help ». Les services disponibles sont variés : la publicité, le design, la photographie, la connaissance des pays d’origine.

Toutes les initiatives du CA.ME.R.A. ont pour objectif à la fois de remettre au travail les journalistes exilés et d’approcher les cultures des réfugiés et la culture de leur hôte.

Nous essayons d’ouvrir plus grand la fenêtre au monde.

Propos recueillis par Jennifer White

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