Afghanistan : Karzaï cède aux talibans sur les femmes

Le président afghan se dit d’accord avec les oulémas sur la place « secondaire » des femmes. Karzaï maintient également que les femmes sont « secondaires » par rapport aux hommes. Un moyen de contenter les talibans, ces religieux conservateurs, avec qui il tente de négocier la paix.

En janvier, le président Karzaï avait pourtant qualifié les violences contre les femmes d’actes « lâches » et assuré qu’il « continuerait à prendre ce problème au sérieux afin que les coupables soient jugés ».

Mais sa réaction à un communiqué du conseil des Oulémas, la plus haute autorité religieuse en Afghanistan, envoyé par la présidence, fait douter de la sincérité de ces déclarations.

Faisant référence aux versets 1 et 34 du Coran, les oulémas affirmaient, le 2 mars, que « les moqueries, les harcèlements ou les violences faites aux femmes » sont « interdites par l’islam ». Ils leur concédaient également les droits « à la dignité et l’honneur », « à la propriété », « au commerce », « à l’héritage », « à la dot » ainsi que celui « de choisir leur mari » souvent bafoués dans les faits.

Mais, en même temps, ils rappelaient que « l’homme est fondamental et la femme secondaire » et que celle-ci doit « éviter de se mélanger avec des hommes étrangers dans diverses activités sociales, comme les bazars, les bureaux ou durant son éducation, et qu’elle ne doit pas voyager sans ses parents ou son mari ».

La duplicité des autorités

Le même jour, un rapport de l’Organisation pour les droits de l’Homme et la démocratie en Afghanistan (AHRDO) dénonçait la duplicité des autorités et notamment le « jeu politique cynique » du gouvernement, qui épouse plus selon lui la cause des femmes pour « continuer à recevoir» l’aide internationale qu’en raison d’un « engagement authentique et sans réserve ».

Selon plusieurs observateurs, la vision rigide de la cause féminine par les autorités, au-delà de leurs convictions personnelles, est une des manières employées pour s’attirer les faveurs des rebelles, selon plusieurs observateurs.

Nombre d’ONG redoutent que les droits des femmes afghanes ne fassent les frais d’un éventuel retour au pouvoir des talibans. Une loi contre les violences faites aux femmes en Afghanistan a bien été adoptée en 2009, mais elle reste encore trop peu utilisée par la police et la justice, soulignait l’ONU en novembre dernier.

Fawzia Koofi, membre du parlement afghan et des militants des droits des femmes, affirment que la décision du conseil religieux est le début d’un «processus de talibanisation » en Afghanistan.

« Je pense que ce début des attaques contre les femmes remonte à la période sombre du régime taliban, c’est dangereux. C’est une alarme pour les femmes en Afghanistan », a-t-elle déclaré en ajoutant que les affirmations du conseil des oulémas n’ont aucun statut juridique.

Quelques jours avant les déclarations du conseil des oulémas, 36 Afghanes étaient mortes en manifestant contre les soldats américains, accusés d’avoir brulé le Coran à la base de Bagram. Selon certaines sources les personnes qui ont manifesté avaient été excitées et provoquées par des talibans, mollahs aussi.

Ce qui se passe en Afghanistan montre qu’à l’approche de 2014 (date de départ des forces militaires internationales), il y a beaucoup de risques de prise du pouvoir par des extrémistes religieux, des partis islamiques, des talibans et des personnes opposées aux valeurs démocratiques, laïques et humaines en Afghanistan.

Osman Ahmadi

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