L’Afrique est-elle concernée par le Printemps arabe ?

source: onutogo.orgCela fera bientôt un an que la répression menée par Bachar Al-Assad fait couler le sang en Syrie. On compte déjà plus de 6 000 morts. Néanmoins, Moscou et Pékin bloquent tout projet de résolution à l’encontre de Damas, en usant de leur droit de veto. L’Afrique se sent-elle concernée par ce Printemps arabe dont l’onde de choc arrive à sa porte?

La révolte syrienne était prévisible, la dynastie installée dans le pays, il y a quarante-deux ans, procédant de la même marque de fabrique que celle des régimes dictatoriaux balayés en Tunisie, en Egypte, en Libye et au Yémen. En Tunisie et en Egypte, le peuple a eu raison des dictateurs sans l’usage de la force. L’utilisation de l’expression française « Dégage ! » a presque suffi. En Libye, en revanche, la guerre a fait près de 50 000 tués ; l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) y a englouti 330 millions d’euros.

En Syrie, la situation est plus complexe. Pour la Russie, entrent en jeu des intérêts politiques, économiques et stratégiques majeurs. Outre la possession, depuis 1971, d’une base militaire à Tartous, dans l’ouest du pays, Moscou a toujours été le principal fournisseur d’armes à Damas. Un contrat juteux évalué à plusieurs milliards de dollars.

S’y ajoute la logique politique russe de « non ingérence » dans les affaires intérieures d’autres pays. C’est au nom de ce principe, partagé par la Chine, deux pays par ailleurs peu soucieux des droits de l’Homme, qu’ils ont déjà bloqué deux résolutions du conseil de sécurité de l’Onu sur la situation en Syrie. La sortie de crise, à court terme, devient peu probable.

Une « mise en laisse »

L’Afrique ne peut pas être indifférente à ce qui se passe en Syrie et dans le monde arabe en général. Il s’agit d’un combat pour le triomphe des valeurs universelles que sont la liberté, la démocratie, l’égalité devant la loi, etc. Il y a donc, de facto, de l’empathie entre les deux entités.

Au Sénégal, les protestations contre le non-respect de la Constitution, et l’opposition des évêques africains, ici et là, traduisent bien les effets du Printemps arabe sur le continent. Christine Von Garnier, journaliste belge active dans les réseaux missionnaires, qualifie la position actuelle de l’Eglise, par rapport à la situation politique du continent, « d’avant-gardiste contre les dictateurs africains ».

En République démocratique du Congo (RDC), l’Eglise catholique, sous la houlette du cardinal Monsengwo conteste, officiellement, la réélection du président Kabila, et réclame « la vérité des urnes ». En Ouganda, l’évêque de Kampala, Mgr Cyprian Kizito part en guerre contre la corruption et la violation des droits de l’homme. Quant à Mgr Desmond Tutu, évêque anglican en retraite (Afrique du Sud), il se dit en prière « pour la chute du président Zuma ».

Ce n’est pas la première fois que les églises chrétiennes d’Afrique prennent position à propos de la situation politique et économique du continent. Mais le ton a changé : il est passé de la simple exhortation à une forme de défi.

source Le Figaro

Mais en ce qui concerne le rôle des grandes puissances, on ne peut guère être optimiste. Redevable des prodigalités de la Chine, l’Afrique ne parlera jamais, officiellement, contre ce pays. L’Empire du Milieu a construit et offert au continent de nombreux « Palais de la Nation » en contrepartie des contrats léonins. Dernier en date : un siège ultramoderne, à Addis-Abeba (Ethiopie), évalué à quelque 150 millions d’euros. Argument suffisant pour une « mise en laisse ».

Jean-Jules Lema Landu

Journaliste congolais, réfugié en France

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