Les printemps arabes, l’Occident et la démocratie

Les printemps arabes ont surgi sans donner aucun signe précurseur. Pas un souffleur en coulisse. L’Occident ne peut donc prétendre aux honneurs pour l’accouchement de la démocratie en terre d’islam. En dépit de ce regard positif qu’il porte tardivement sur elle.

Les dictateurs, repus, s’endormaient en paix, ayant même préparé leurs fils pour leur succession. Les peuples, clochardisés, avaient déjà oublié la célèbre formule de Boumédienne, ancien président algérien : « Le pain, d’abord, les versets du Coran, ensuite ». Tout paraissait tranquille.

Insouciant ou égoïste, alors que son intervention aurait pu jouer un rôle dissuasif, l’Occident laissait faire. Tant que ses intérêts étaient intacts, le pétrole coulant à flot pour assurer son développement, sa sécurité…et sa démocratie.

C’est dans ce faux paradis arabe et ce laxisme condamnable de la part de l’Occident qu’une étincelle brille. Sa force brise la torpeur autant que la peur. Quelqu’un écrivait, récemment, que les « révolutions relevaient, parfois, du mystère ». En voici une, partie de Tunisie, en janvier dernier, à travers l’immolation d’un jeune, désespéré.

L’Egypte et la Libye emboîtent le pas. Aujourd’hui, c’est toute la « plaine » arabique qui s’embrase. C’est alors que se réveille l’Occident « paternaliste », flairant une menace prochaine contre ses intérêts. Surtout, après la chute de Ben Ali et de Moubarak.

Lève-toi et marche

D’où le sens caché de l’engagement de l’Otan en Libye. « Au moins, chasser Kadhafi aux côtés des rebelles libyens. Et redorer ainsi notre blason », se dit-on. D’où le sens, surtout, du « Partenariat de Deauville », concocté par le G8. Avec à la clé quelques 72 milliards de dollars de prêt (50,5 milliards d’euros), sur trois ans, en faveur de l’Egypte et de la Tunisie « et des pays qui s’engageraient dans la voie de la démocratie ».

La démocratie, en Afrique ? Est-elle possible, aujourd’hui ? Que n’a-t-on pas dit, en Occident, à propos de la démocratie, en Afrique ? L’idée dominante était que « l’Afrique n’était pas encore mûre pour la démocratie » ou alors « la démocratie n’est pas dans l’âme africaine ».

En réalité, cette argumentation n’était qu’un prétexte pour cacher des objectifs néocolonialistes, approuvés par les dictateurs africains, en contrepartie du soutien, pour leur maintien au pouvoir, que leur offraient les anciens maîtres.

Est-ce que les mentalités ont-elles évolué ? La plupart des présidents américains, démocrates, ont parlé en faveur de la démocratie en Afrique. Le Président français François Mitterrand en a fait son problème personnel, à travers la conférence de la Baule, en juin 1990. L’actuel Président Sarkozy ne manque pas une seule occasion pour promettre la « rupture ». Rien n’en a été.

Quant au prêt, celui-ci ajoute à l’endettement de l’Afrique, déjà assez lourd. Et contre-productif. Aussi pense-t-on qu’il s’agirait là d’une ruse tendant à maintenir le continent dans les conditions permanentes de vassalité. La notion d’aide se précipite dans le même gouffre. « Si l’aide ne cesse pas, elle produit un effet inverse », affirme l’économiste zambienne Dambisa Moyo, dans son ouvrage intitulé « L’aide fatale ».

La solution est, in fine, dans la formule préconisée par le pape Jean-Paul II : « Afrique, lève-toi et marche ». Toute seule. La Tunisie et l’Egypte ont sauté le pas. Le reste, c’est-à-dire l’organisation de la démocratie et de l’économie est affaire du temps. Que l’Afrique sub-saharienne s’en inspire.

Jean-Jules Lema Landu

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