« Y’a bon Banania » : Le cliché colonial à bras le corps

« La colonisation est plus que la domination d’un individu par un autre, d’un peuple par un autre ; c’est la domination d’une civilisation par une autre ; la destruction des valeurs originales par des valeurs étrangères.» Léopold Sédar Senghor (1906-2001)

« Le principe fondamental de toute guerre coloniale est que l’Euro¬péen soit supérieur aux peuples qu’il combat ; sans quoi la guerre n’est pas coloniale, cela saute aux yeux. » Anatole France (1844-1924)

L’historien Pap Ndiaye ne contredira certainement pas ces citations, lui qui marche sur les traces de son compatriote et aîné Senghor, mentor aussi par la pensée philosophique et le combat mené pour redorer le blason terni de cette civilisation noire qui se revendique à travers la négritude. Senghor aussi d’ailleurs serait fier de cet ancien élève de l’école normale supérieure, agrégé d’histoire et titulaire d’un doctorat de l’université de Pennsylvanie!

Cette fois ci Pap Ndiaye a choisi de donner une conférence au musée du quai Branly ce jeudi 27 mai 2010, où l’audience faudrait il le signaler était forte, attentionnée et à 90 % d’origine européenne.

Ceci dans le cadre d’une réflexion publique sur les valeurs morales et culturelles des civilisations du monde et les modes de vie proposée par l’université populaire du Quai Branly et pilotée par Catherine Clément, philosophe.

Lorsque Senghor disait que «L’émotion est nègre et la raison est hellène », il prônait les valeurs de spiritualité, de solidarité et de partage qui caractérisent le monde noir. Cela ne signifiait pas que le noir est incapable de faire preuve de bon sens et surtout d’intelligence.

Certes certaines écoles d’Afrique manquent encore de bancs et d’infrastructures dignes de ce nom mais ses enfants ne manquent pas de cervelle ni d’aptitudes.

Et si la poésie est une arme douce pour dénoncer l’oppression culturelle des peuples assujettis et condamner la colonisation « Y’a Bon Banania » sous un brin d’humour révèle aussi ces archétypes de la colonisation ! Dans cette société occidentale où les clichés sont devenus naturels se traduisant par des réflexions racistes, dérapages de langage et actes d’injustice sociale.

L’association des deux produits coloniaux : le chocolat, Banania, une marque française de chocolat en poudre, et la banane, introduite en Europe, va coller l’image de Banania à l’univers colonial. Le célèbre tirailleur sénégalais est la mascotte de ce produit alimentaire dans les circonstances historiques de la première Guerre Mondiale.

Le slogan « Y’a bon Banania » et le tirailleur sénégalais deviendront bien vite des références dans l’écoulement du produit sur le plan marketing !

Raciste ou pas ce n’est pas à la marque que s’attaque l’historien mais plutôt au cliché général, ce stéréotype resté dans la mémoire collective blanche celui du noir niais avec un grand sourire, primitif et inconsistant comme valeur dans sa société donc de ce fait inférieur à la civilisation voisine blanche.

Une pensée incongrue et difficile à digérer même avec une banane ; cela provoque comme une constipation dans les entrailles de la conscience noire réveillée.

Aux Etats-Unis on retrouve également des mascottes similaires symbolisant cette minimisation mêlée de dérision vis-à-vis de la minorité tels que l’Uncle Ben et la Tante Jemima.

Si le slogan « Y’a bon Banania » a été officiellement retiré, les stéréotypes eux sont restés !

Aux Etats-Unis tout comme en France, en Allemagne et ailleurs dans le monde les Noirs sont encore obligés de lutter pour mériter leur place dans la société à l’exemple de Torry Morrison l’écrivain noire américaine citée par Pap Ndiaye, Prix Nobel de littérature détenant un titre Pulitzer dont le livre « Bluest Eyes » fut un énorme succès.

Cette jeune fille noire de l’Ohio qui voulait des yeux bleus citée dans le livre de Morrison est une illustration de beaucoup de Noirs qui ne sont plus fiers de ce qu’ils sont à cause des stéréotypes racistes et qui envient les caractéristiques blanches.

L’Historien nous invite donc tous à cultiver nos différences afin d’aboutir à une symbiose des cultures: une symbiose de la raison discursive et non celle des réponses subreptices !

Mais également à réhabiliter les valeurs culturelles du monde noir tels que le prônait Senghor dans Hosties Noires.

Pap Ndiaye est un historien français, spécialiste de la question noire en France, né le 25 octobre 1965 à Antony.

Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’histoire, titulaire d’un doctorat de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)[1], où il est aujourd’hui maître de conférences, membre du Centre d’études nord-américaines et du comité de rédaction de la revue L’Histoire, il est spécialiste des États-Unis.

Il est considéré comme un spécialiste incontournable de la question noire en France.

«Nous sommes des métis culturels, parce que si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français […] Nous sommes des lamantins, qui selon le mythe africain, vont boire à la source… » Leopold Sédar Senghor.

Nanou Mukolonga

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