Sport et Politique en Afrique : Les liaisons dangereuses

Aucun jour ne passe désormais en Afrique sans que l’on rappelle à travers tous les medias que le continent, berceau de l’humanité, va bientôt accueillir pour la première fois de son histoire la Coupe du Monde de Football 2010; et ce sera en Afrique du sud du 11 juin au 11 juillet 2010. Il s’agira de la 19ème édition du Mondial de football.

Mais qu’en est il alors de cette Afrique meurtrie et aux prises avec ses vieux démons de coup d’états, famine, troubles politiques et autres problèmes de ce genre ? Saura t elle faire face à une organisation sans trouble de ce grand événement ? Quelle est l’influence de la politique dans le domaine du sport en Afrique ? Peut-on réellement parler de liaisons dangereuses?

C’est à toutes ces questions que les Orateurs du jour ont répondu devant un bel échantillon représentatif de la Presse française et panafricaine tout en signalant la présence d’un diplomate sud africain venu pour l’occasion assister aux échanges : M. Gontso Gontso.

Coupe du Monde 2010, miroir des relations entre la FIFA et l’Afrique.

Une affirmation est lancée dès le départ « la politisation des sports est aussi un trait structurel de la politique africaine ; le sport est un outil politique multidimensionnel : il sert non seulement d’élément d’affirmation nationale et de vecteur diplomatique dans l’arène des relations internationales mais il joue aussi souvent un rôle majeur dans la politique intérieure des Etats africains».

Mais l’Afrique serait, d’après Paul Dietschy, maître de conférences à l’université de Franche-Comté et chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po, davantage dans le clientélisme. Il ajoute que les relations entre la FIFA (Fédération internationale de football africain) et l’Afrique seraient à placer dans une catégorie de néocolonialisme relayant aussi l’avis de certains historiens sportifs.

Nous savons par ailleurs que l’Afrique du Sud est moins gravement touchée que bien d’autres pays. En effet, tandis que d’autres traversent ou prévoient une récession, l’économie de l’Afrique du Sud et du reste du continent croît toujours, bien qu’à un rythme ralenti disait le Président intérimaire sud africain son Excellence Monsieur Kgalema Motlanthe, au parlement du Cap, le 6 février 2009. Et de rappeler aussi dans ce même discours la leçon d’espoir, de résistance, de changement et de continuité de l’ancien président, Nelson Mandela, dans sa biographie « un Long Chemin vers la Liberté ». Mais cela n’empêche pas que les même délits de corruption, pots de vin et autres faits de népotisme soient révélés dans la construction des stades et cession des marchés aux entreprises pour l’organisation de cette coupe du monde 2010.

Une autre facette du sport en Afrique : les luttes de politique intérieure.

Thierry Vircoulon, chercheur associé au programme Afrique de l’IFRI, a quant à lui relevé le problème du sport à travers le prisme de la politique intérieure africaine qui l’utilise comme un marqueur politique notamment à travers les noms donnés aux stades, les tensions autour de certains match, comme un identifiant national relevant l’exemple de l’emprisonnement des joueurs congolais en 1970 après leur défaite et ivoiriens en 1980, comme outil de mobilisation des masses en frôlant parfois l’outrance et l’exagération mais aussi comme reflet des évolutions sociopolitiques du continent à travers la résurgence des sports traditionnels africains comme la lutte traditionnelle.

Le sport comme facteur d’influence politique en Afrique se démontre aussi à travers les hommes politiques qui se font promoteurs de clubs sportifs (exemple du Gouverneur du Katanga en RDC, le richissime Moise Katumbi, promoteur du Club de football TP Mazembe récemment champion de la RDC et champion d’Afrique de la CAF en 2009).

La diplomatie chinoise aussi utilise le sport pour construire son capital politique en Afrique en lui construisant des grands stades beaucoup plus que des écoles ou des hôpitaux.

Le sport en Afrique s’érige aussi comme lieu de violence politique et de combat politique.

Le rugby sud-africain : enjeu sportif ou politique ?

Bernard Cros, maître de conférences à l’université Paris Ouest Nanterre où il enseigne la civilisation de la Grande-Bretagne et du Commonwealth, a particularisé son exposé sur le Rugby sud africain comme enjeu politique ayant survécu à plusieurs scandales politiques et racistes.

En effet dans un domaine où les émotions sont facilement engagées dans les actions autant par le public que les sportifs eux-mêmes ou leurs dirigeants, le danger évoqué est certes bien évident car tout peut vite dégénérer. Il incombe à tous d’être conscients d’actes posés.

« Le sport » n’est pas qu’un jeu, c’est surtout une fierté nationale pour les pays africains concernés. Jouer sa carte politique est une bonne chose pour les dirigeants mais penser aux retombées positives pour les populations et les sportifs eux même c’est mieux.

Il reste encore beaucoup à faire pour bâtir des organisations sportives dignes de ce nom en Afrique. Bonne chance à L’Afrique tout de même pour cette coupe du monde historique !!!

Nanou Mukolonga

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