L’après Ben Laden au Sahel

« Justice est faite » déclare le Président américain Barack Obama après la mort d’Oussama Ben Laden. Le résultat d’une opération commando, lancée le 2 mai dernier par l’armée américaine à Abbottabad, à 50 kilomètres au nord d’Islamabad. C’est là qu’aurait vécu caché le chef d’Al Qaïda depuis plusieurs années.

« Le monde est plus sûr sans Ben Laden » avait aussi affirmé Obama. Ce qui, aux yeux de nombreux observateurs est évidement loin d’être le cas.

En effet, vue de Washington, Paris ou Londres on aimerait bien croire que le monde est plus sûr sans Ben Laden. Mais vu d’ailleurs les choses sont différentes.

Au Sahel, où Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) est bien implanté, où la guerre contre le terrorisme est des plus complexes, les choses se présentent autrement. Ces pays de la bande sahélienne (Mauritanie, Algérie, Mali, Niger) sont engagés dans une guerre à plusieurs variantes qu’ils doivent gérer. Dans cette zone, la nébuleuse affiliée à l’organisation terroriste de Ben Laden recrute, forme et lance dans le « champs de bataille » des jeunes pour la plupart fraîchement sortis de l’adolescence.

Dans cette vaste région, les jeunes s’engagent toujours pour les mêmes raisons dans les bras d’Al Qaïda, et ce n’est pas prêt de changer. En tout cas, pas dans l’immédiat. Et ce, même après la mort de Ben Laden. Pour les jeunes recrues d’Aqmi, les raisons de leur « engagement » tournent toutes autour de la pauvreté, de la marginalisation culturelle, de l’imposition de dirigeants par des puissances étrangères.

Variantes : opinion publique, manque de moyen et soutien des tribus

A l’exception de l’Algérie qui dispose d’une armée expérimentée dans la lutte contre le terrorisme, la Mauritanie, le Mali et le Niger sont des pays pauvres avec les conséquences que cela suppose. Si pour lutter contre la pauvreté ces trois pays avaient inscrit l’éducation et la santé dans leurs priorités, ils sont obligés d’y rajouter la sécurité. Et cela coûte cher puisqu’une bonne partie des budgets y sont consacrés. Cela représente plus de 10% en Mauritanie.

Pour ces pays pauvres confrontés au terrorisme international, la lutte est plus difficile et moins évidente quand on sait que les groupes armés bénéficient du soutien de certaines tribus voire aussi d’éléments des forces armées dans certains cas.

Les institutions étatiques s’écroulent facilement sous le poids des tribus qui ont une réelle emprise sur des territoires immenses. Cela constitue de facto des groupes de pression non négligeables. Donc, c’est une force électorale que les gouvernements ne voudraient pas combattre avec fermeté. Qui dit manque de moyens dit nécessité de soutien. C’est là qu’interviennent les puissances étrangères partenaires des pays sahéliens dans la lutte contre le terrorisme.

La terminologie est très importante et varie d’une zone à l’autre. Si en Occident, on parle de guerre contre le terrorisme, au Sahel, les gouvernements parlent de « lutte contre le terrorisme ».

Il est important de savoir que l’appui des armées occidentales aux pays sahéliens dans cette guerre contre le terrorisme, a du mal à passer du coté de l’opinion publique. Des populations dans leur écrasante majorité n’acceptent pas que des « non musulmans » arment des musulmans pour combattre leurs propres frères. Les gouvernements concernés sont dans une situation délicate et doivent faire face à de nombreuses pertes humaines.

Si les médias occidentaux relaient systématiquement les prises d’otages et actes de violences sur leur ressortissant au Sahel, ils ne relaient pas avec le même intérêt les actes terroristes de ces groupes extrémistes sur les populations locales. Des actes pourtant plus coûteux en vies humaines : plus de 30 soldats tués en Mauritanie entre 2005 et 2008. En Algérie, au Niger et au Mali les pertes sont aussi très lourdes.

Pour faire face à ce nouvel ennemi commun les Etats major de ces quatre pays ont renforcé leur coopération militaire et se sont dotés d’un Centre de commandement conjoint à Tamanrasset, dans le sud-algérien.

La mort de Ben Laden est incontestablement un pas important dans la guerre contre le terrorisme. Une guerre longue et difficile. Mais la disparition du chef d’Al Qaïda n’a pas fait retomber la tension, bien au contraire. Les terroristes ont juré de venger leur « cheikh » et les évènements de ces derniers jours le confirment : 30 morts et blessés dans un attentat à Hérat en Afghanistan lundi dernier, 70 morts dans un double attentat perpétré par les talibans le 13 mai dernier à Shabqadar, au Pakistan.

En attendant, les pays de la bande sahélienne continuent de traquer les terroristes et sont confrontés aux mêmes difficultés. Une preuve que la mort de Ben Laden n’a pas sapé le moral des groupes terroristes d’Aqmi.

A.T.

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