Le foot, l’immigré et la France

La Fédération française de football (FFF) est dans la tourmente. En cause : l’évocation de quotas pour les jeunes joueurs binationaux dans les centres de formation fédéraux. C’était au cours d’une réunion tenue au sein de la fédération, le 8 novembre 2010.

Dénoncée par Médiapart, l’affaire éclate à six semaines de l’élection de son président. On crie au scandale et à la discrimination raciale. Le ministère des Sports se saisit de la question. Des enquêtes sont diligentées afin d’établir les responsabilités. Laurent Blanc, le sélectionneur de l’équipe de France, qui avait assisté à cette réunion, y est impliqué.

En ce mardi 10 mai, le nœud se défait. La ministre des Sports estime qu’ « il n’y a pas lieu de saisir la justice pour infraction à la loi ». Laurent Blanc a été blanchi. Mais cette disculpation, selon Reuters, citant la ministre des Sports, « exclut des poursuites judiciaires contre ‘certains’ participants à cette réunion ». Affaire à suivre, donc ?

Notre journaliste, Jean-Jules Lema Landu analyse ce problème global de fond.

Si les férus du ballon rond en sont affectés, les immigrés africains, quant à eux, en accusent un nouveau coup de frustration et d’humiliation. La discrimination n’est-elle pas une injure ? Ne ravale-t-elle pas l’homme ?

Comme se succèdent les saisons, la question liée à l’immigration revient à intervalle régulier. Si le sujet traité n’est pas concocté par les instances de l’Etat ou par un parti politique rétrograde, ce sont des individus qui s’en chargent. A les entendre parler, ils sont tous persuadés, au nom de la France, de faire œuvre utile.

Pas plus loin qu’entre l’année 2010 et la récente affaire de quotas, on relève pêle-mêle – la liste n’est pas exhaustive -, plusieurs faits pour le moins nauséabonds : débat sur l’identité nationale ; discours du président Sarkozy à Grenoble, liant immigration et délinquance ; démantèlement des camps des Roms… Puis, récemment, «débat sur l’islam » – un sujet fort controversé -, rendu « débat sur la laïcité », après rétropédalage de ses initiateurs.

Malgré leur gravité, passons par pertes et profits les déclarations racistes, faites publiquement par des individus à l’endroit des Africains, comme celles d’Eric Zemmour, journaliste, ou celles de Jean-Paul Guerlain, parfumeur. Ils parlent, l’un de l’immigré africain, l’autre du « nègre », en des termes fort réducteurs.

Le microbe et la fièvre

Reliés dialectiquement, tous ces faits conduisent à penser qu’au-delà de l’affaire de quotas ethniques dans le domaine du football, il y a un problème global de fond. Celui-ci a pour socle : la discrimination raciale. C’est le microbe. Le reste, la fièvre, n’étant qu’une simple manifestation récurrente, tant que le mal ne sera pas éradiqué.

Le problème lié à la couleur de peau, au sein de l’équipe de France, remonte aux années 1970-1980. Depuis les Marius Trésor et Jean-Pierre Adams, les premiers noirs à y participer. Si, à l’époque, le problème n’avait pas la même intensité, il était néanmoins vu à travers le même prisme de « différence avec l’autre ».

Quand, pour la première fois, l’entraîneur Michel Hidalgo a aligné six noirs, en 1982, à Moscou, les médias européens en ont fait leurs choux gras. Non pas pour saluer l’événement, mais plutôt pour manifester le mépris de l’opinion. Preuve du caractère universel de la discrimination raciale ?

En 2005, feu George Frêche, l’homme du Languedoc-Roussillon, est revenu à la charge, préconisant le « blanchiment » de l’équipe de France, exagérément « noircie », à son avis. L’idée, selon une estimation à la louche, avait séduit beaucoup de Français. Autant que les récents propos discriminatoires du ministre de l’Intérieur, qui pense que « les Français n’ont plus le sentiment d’être chez eux ».

Ainsi, l’affaire de « quotas ethniques » au sein de la FFF, comme c’est le cas pour la plupart d’autres questions au sein de la société française (notamment, la discrimination à l’embauche), ressemble à l’Hydre de Lerne (bête à plusieurs têtes ; un mal qui se renouvelle).

La solution ? Il faut tuer la bête, l’hydre, le microbe. En cela, nous disons avec Vincent Marie et Nicole Lucas qu’il est nécessaire de procéder à une « remise en question des représentations que les uns ont des autres, souvent génératrices de conflits, de haines et de guerres ». Par la « didactique de l’interculturel », suggèrent les deux auteurs.

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