Tel est l’Oeil de l’exilé

« Révolutions arabes, et le reste de l’Afrique ? » c’est l’intitulé de la conférence-débat organisée le 2 mai 2011, la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, par la Maison des journalistes, au Cape dans le Grand Palais, à Paris.

L’objectif est ambitieux et la mission réussie : lancer un débat différent avec des analyses nourries du vécu de chaque journaliste intervenant. Pour ce faire, quatre journalistes exilés, anciens ou actuels résidents, ont livré de pertinentes informations, celles que l’on a d’habitude peu de chances d’entendre.

Ce débat a permis à plusieurs membres de l’assemblée de mieux comprendre les tenants et les aboutissants du vent de contestation qui secoue actuellement la Syrie, la Libye et le Yémen, mais aussi le Tchad, le Togo pour ne citer qu’eux.

Ainsi Saïd Kaced et Ahmed Kaci, journalistes d’Algérie, Déborah Mokabatio de la République démocratique du Congo et Bangaly Touré de Guinée Conakry, se sont prêtés, une fois n’est pas coutume, au jeu de l’intervieweur-interviewé…

Tout en gardant à l’esprit que chaque pays a ses propres particularités, les journalistes ont livré leurs points de vue sur ce que certains appellent « l’histoire immédiate ».

Les journalistes ont rappelé que ces mouvements ne datent pas d’hier et ne sont pas cantonnés au monde arabe, alors pourquoi ces mouvements sont si médiatisés actuellement ? et comment se manifestent-ils d’une pays à l’autre ?

Parce que c’est le rôle des journalistes d’éclaircir des situations du présent, Déborah Mokabatio s’est attachée à analyser le rôle d’Internet dans les mouvements de contestations.

En Tunisie, les révoltes ont permis de faire fuir le dirigeant au pouvoir depuis plusieurs décennies, mais rien n’est acquis pour autant. La vigilance est de mise pour faire perdurer l’élan démocratique et le respect des libertés.

Saïd Kaced l’a bien fait comprendre avec ce qu’il appelle « le spectre de la confiscation ». Et il est bien réel car dès les années 1980, des révoltes ont eu lieu dans le monde arabe et en Afrique subsaharienne. Ce qui amène au concept de « révolution rampante » d’Ahmed Kaci.

Tout dépend du dirigeant au pouvoir mais surtout du peuple. Les conditions de vie, le passé de chaque peuple expliquent en partie l’engagement ou non dans une révolte. Ainsi, si le mouvement de contestation n’a pas gagné l’Algérie, cela s’explique par l’absence de volonté d’agir unanimement au sein du peuple algérien, d’oeuvrer en ce sens. De plus, il existe aussi la crainte de porter la responsabilité  de retomber dans l’instabilité, dans la violence des années 1990 appelée la « décennie noire ». Au Maroc, l’attachement à la royauté justifie l’échec de la mobilisation. De plus, la Président algérien et le Roi marocain ne font pas partie des visages au pouvoir depuis plusieurs décennies à l’inverse des dirigeants libyen, tunisien et égyptien. C’est donc le renouvellement des dirigeants qui pose problème car cela ne rime pas avec démocratie. Là encore se situe un parallèle entre le monde arabe et l’Afrique subsaharienne. La colonisation aussi est le traditionnel vecteur en commun laissé en héritage à plusieurs Etats du continent africain. Le positionnement même de l’Union Africaine dans le mouvement contestataire est essentiel à ce niveau.

Une fois les interventions terminées, l’auditoire a profité pour poser plusieurs questions.

Leurs témoignages livrés sans prétention ont permis à l’assemblée de mieux saisir certains aspects jusqu’ici peu voire jamais révélés.

Pour ceux qui n’ont pas pu assister à la conférence-débat, une séance de rattrapage est encore disponible pour quelques jours sur le site internet du Cape, il vous suffit ensuite de cliquer sur l’icône représentant une enceinte de haut parleur :

http://www.capefrance.com/fr/conferences/2011/5/revolutions-arabes-et-le-reste-de-l-afrique.html

Après cette conférence, il semble quasi incontestable que l’oeil de l’exilé est différent.

Vous pouvez vous en rendre compte en images, en venant à la Maison des journalistes pour admirer l’exposition de dessins de presse intitulée « Exil », jusqu’en juillet 2011.

Malika Khobeizi, Reportage-photo Roman Khandoker et le Cape

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