L’abolition de l’esclavage: un processus long

En ce 10 mai 2011, Journée mondiale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en France, le Président de la République est solennel. Il qualifie de « premiers crimes contre l’Humanité » la Traite des noirs et de l’esclavage. Un retour sur cette initiative s’impose.

Pour en arriver là, Christine Taubira a du fournir un travail de longue haleine. En 1998, cette députée de Guyane rapporte une loi pour la reconnaissance de la Traite et de l’esclavage comme « un crime contre l’Humanité ».

Le texte est voté par le Sénat le 10 mai 2001. La France est alors le premier Etat et le seul, à avoir déclaré que la traite négrière est un crime contre l’humanité. Seul pays aussi, à avoir décrété une journée nationale.

Passé le stade de la commémoration, il est indispensable de veiller à bien connaître l’évolution historique à l’origine de cette tragédie.

La Traite négrière c’est le commerce de plusieurs dizaines de millions d’êtres humains. L’océan Atlantique a joué un rôle stratégique puisque c’est par bateaux que les Noirs étaient emmenés en Europe et en Amérique. Une fois sur place, ils étaient soumis par la terreur et devaient travailler dans les plantations. Progressivement, ils se sont révoltés signant le début de la marche vers l’abolition de l’esclavage.

Le commerce triangulaire

Vers 1410, les Portugais vont à la recherche de l’or, longent les côtes africaines où ils achètent des hommes pour servir d’esclaves noirs. Au début du XVIème siècle, une grande disparition des populations indigènes font apparaitre un besoin de main-d’œuvre pour l’agriculture et les mines.

A partir des années 1640, s’organise un véritable trafic d’esclaves africains à grande échelle. Les Portugais ne sont plus seuls. Tous les pays européens comme le Royaume-Uni, la France et la Hollande y participent.

Reconnaître l’abolition de l’esclavage, c’est avouer aussi que les ports de Liverpool, Amsterdam, Nantes, la Rochelle, Bordeaux, Lisbonne ont construit leur richesse sur ce commerce.

Après un tri des hommes et femmes robustes, ces esclaves choisis partaient entassés, compressés, enchainés pour un voyage sans retour vers l’enfer. Certains ne sont même jamais pas à destination.

La soumission et le travail

Les esclaves travaillent dans les champs de canne à sucre, de coton jusqu’à la tombée de la nuit. Ce sont des travaux dangereux, pénibles et épuisants. Pour la France, le Ministre Colbert a préparé un code noir publié après sa mort, déclarant les esclaves comme des meubles. La justification était toute trouvée : un meuble ne peut pas posséder, un esclave non plus, il ne peut avoir de famille, ni de femme, encore moins d’enfant. Une contradiction tout de même, ce meuble est baptisé, on lui apprend le catéchisme, l’obéissance, pour en faire une âme sauvée.

Toute faute commise par un esclave est punie, les coups de fouets également distribués. La sentence pour un esclave fugitif retrouvé était de couper ses oreilles, en cas de récidive, le jarret était coupé, à la troisième reprise, c’était la mort, la soumission par la terreur.

Les révoltes des esclaves, une marche vers l’abolition

Les révoltes des esclaves n’ont cessé d’éclater pendant 3 siècles : une en moyenne tous les 16 ans. La France a connu plusieurs grandes étapes d’abolition. La première date du 4 février 1794 lancée par l’abbé Henri Grégoire. Plus tard en mai 1802, sous la pression du lobby antillais, Napoléon rétablissait l’esclavage. En 1831, intervient la proscription de la Traite négrière. Le deuxième abolition est signée le 27 avril 1848 par Lamartine et présentée par Victor Schoelcher pour abolir l’esclavage dans toutes les colonies françaises.

Depuis, cette leçon universelle n’est pas complètement apprise car aujourd’hui encore, certaines personnes sont enfermées et utilisées comme esclaves, y compris en Europe. On l’appelle « esclavage moderne ». Seulement, modernité et esclavagisme ne vont pas ensemble.

Rien n’est acquis et Christiane Taubira a exprimé son inquiétude : « des choses qu’on n’aurait pas osé dire il y a quelques années, remontent ».

La vigilance reste de mise.

Mwajuma Masudi

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