ONU / Sri Lanka : enfin le rapport sur le massacre du peuple tamoul publié

Aux Nations Unies, l’heure est au bilan. Selon le récent rapport signé du département américain, près de 40 000 personnes sont mortes à cause du conflit entre le gouvernement sri-lankais et le groupe séparatiste des Tigres tamouls. Des affrontements quasiment assimilés à des « crimes de guerre » et des « crimes contre l’humanité ». De graves atteintes aux Droits de l’Homme sont décrites par les journalistes, contraints à l’exil. Telles sont les répercussions de trente années de conflit armé.

Ce bilan se fait sous la pression des ONG, qui viennent par exemple, d’accuser la Suisse, l’Allemagne et le Vatican de protéger un présumé criminel de guerre, ancien général de l’armée sri-lankaise, pour des faits qui remontent à 2009. Son nom : Jagath Dias. Il est reproché au diplomate de l’ambassade du Sri Lanka à Berlin, d’avoir une responsabilité dans l’offensive contre les Tigres tamouls.

Les forces de sécurité ont commis des homicides arbitraires et illégaux. En général, les observateurs indépendants considèrent que l’élection présidentielle et les élections législatives de 2010 étaient sujettes à caution. Deux élections présentant des violations des droits de l’Etat.

Jusqu’ici aucune déclaration publique, ni un rapport selon lequel des tribunaux civils ou militaires aient condamné des membres de l’armée ou de la police pour violation des Droits de l’Homme. En mai 2009, on comptait quelque 300 000 civils tamouls coincés sur une petite bande de terre, officiellement une zone de cessez-le-feu, en réalité non respectée. Nombreux sont les cas où le gouvernement a restreint la liberté d’expression et de la presse ainsi que la liberté de réunion et d’association. Les autorités harcèlent les journalistes critiques vis-à-vis du gouvernement. Des postes de contrôle de la police et de l’armée étaient encore présents un peu partout et de nombreuses zones de haute sécurité et d’autres secteurs ont été interdits d’accès aux citoyens.

Consécutivement au vote sur le 18ème amendement en Septembre, le mode d’attribution des sièges au Conseil constitutionnel et aux organes subsidiaires a été modifié.

Parmi ces homicides illégaux, le 23 Mai, la police a arrêté Pattiyage Komako Lalan Peris pour ce qui a ensuite été qualifié « d’erreur d’identité » par des observateurs. Le lendemain matin, elle a été retrouvée morte, enchaînée avec des menottes à une table dans une cellule du commissariat. Selon la police, le décès était dû à une crise cardiaque.

Le 25 Août, Jayasekara Arachchige Roshan Jayasekara a été arrêté à proximité de Kiribathgoda pour le vol d’un téléphone portable. Un jour après, son corps a été transporté à l’hôpital le plus proche par la police. L’autopsie a révélé de multiples traumatismes contondants.

Le 31 Août, la STF (Special Task Force) a arrêté Jayakodi Arachchilage Oman Perera. Au cours d’un voyage en jeep en direction de Colombo, l’un des officiers a tiré du fait qu’il aurait tenté de s’échapper. Il est décédé à l’hôpital le jour même.

Le 4 Septembre, Suresh Kumar a été arrêté par la police, et son corps a été retrouvé plus tard sur le bord de la route. Le 18 Septembre, la police a tué par balles Ranmukage Ajith Prassana. Le nombre total d’exécutions extrajudiciaires a considérablement baissé par rapport à l’année dernière.

Le 31 Décembre, des hommes armés cagoulés ont fait irruption chez Ketheeswarran Thevarajah près de Jaffna et l’ont tué.

Une commission séparée a été mise en place auprès de la Cour Suprême de Justice afin d’enquêter sur les enlèvements, les cas de disparition, les homicides et les corps non identifiés. La commission devait soumettre un rapport provisoire et on ignore quand le rapport final sera rendu.

Le meurtre de Lassantha Wickramathunga, rédacteur en chef des journaux Sunday Leader et Morning Leader, commis par quatre assassins en Janvier 2009 n’a pas encore été élucidé.

Prageeth Eknoliagoda, journaliste et dessinatrice pour Lanka e news, a disparu le 24 Janvier, peu avant l’élection présidentielle.

La disparition de Stephen Sunthararaj en 2009, directeur de projet au Center for Human Rights and Development, n’a pas non plus été élucidée.

De même que les recherches du mois d’Octobre 2009 concernant la disparition de Sankarapillai

Shanthi Kumar, membre d’un consortium humanitaire n’ont pas encore abouti.

Le secrétaire de la Défense Gotabhaya aurait proclamé que les chefs des Tigres Tamouls, défaits, allaient se rendre (c’est ce qu’on appelle « l’incident du drapeau blanc »)…. Le Général Fonseka a par la suite nié ces déclarations.

Le groupe d’experts de l’ONU après avoir recensé des témoignages crédibles, compte maintenant vérifier chaque déclaration. Dans tous les cas, seuls les membres du gouvernement pourraient devoir se justifier devant une cour internationale. Face à la gravité des accusations qui pèsent que le gouvernement (il leur est reproché d’avoir refusé des aides humanitaires aux civils, d’avoir bombardé des hôpitaux), peu de chances qu’il coopère pour rendre justice. D’ailleurs le Sri Lanka n’est pas membre de la Cour pénale internationale (CPI).

Seule solution : l’Onu doit saisir le tribunal de La Haye, mais là encore, la Russie et la Chine soutiennent le gouvernement sri-lankais, de quoi le renforcer. Jusqu’ici la CPI n’a été saisie qu’à deux reprises selon ce mode : au Darfour et en Libye. De son côté Ban Ki-Moon se défend d’avoir le pouvoir de demander une enquête internationale et compte sur une initiative du gouvernement sri-lankais. L’espoir fait vivre.

Priyanka S. Wijesinghe

Traduit de l’anglais par Elisabeth Pleiber

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