Syrie : massacres à huit-clos

Les réformes politiques annoncées, récemment, par le président Bachar Al-Assad n’arrêtent pas la vague des manifestations depuis plus d’un mois. La levée de l’Etat d’Urgence instauré depuis presque un demi-siècle, ne calme pas la colère de l’opposition déterminée à renverser le pouvoir mis en place.

Accusée d’avoir apporté de l’aide logistique et matérielle aux forces de Kadhafi en Lybie, la Syrie est aussi montrée du doigt pour la violente répression à l’encontre des civils. Des actes qui conduisent le pouvoir de Bachar Al-Assad à devoir faire face à la montée du mouvement contestataire. Comme ailleurs dans le monde arabe, les revendications se ressemblent : obtenir davantage de liberté et de démocratie, à défaut de voir le Président quitter immédiatement le pouvoir.

En un mois et demi, le plus jeune Président du Moyen Orient est destabilisé. Des milliers de Syriens descendent régulièrement dans la rue scandant des slogans hostiles au pouvoir. La transmission des informations est facilitée par Internet, notamment grâce au réseau social Facebook. De Deraa à Damas, de Homs à Alep, les manifestants ne voient pas d’autre issue que dans la démission des dirigeants actuels qui « ont mené le pays vers l’impasse » déclare un militant pour les Droits de l’Homme.

De leur coté, les forces de sécurité n’hésitent pas à tirer sur les manifestants. Plus de 300 morts, c’est le bilan pour le moins lourd, avancé par le Comité syrien de Défense des Droits de l’Homme. Rien que pour la journée du vendredi 22 avril, 100 morts sont comptabilisés. Ce vendredi saint est particulièrement marqué par ces décès, survenus juste après la grande prière hebdomadaire, et ce dans l’ensemble de la Syrie.

Depuis, de nombreux pays ont dénoncé la répression et l’abus des forces de l’ordre, des violences condamnées par Londres et Washington.

Pour Alain Juppé « seul un dialogue politique inclusif et des réformes répondant aux aspirations légitimes du peuple syrien peuvent permettre de préserver la stabilité du pays, qui est dans l’intérêt de tous ». A ce jour, l’appel du ministre français des Affaires Etrangères est presque vain, peu entendu pour ne pas dire « écouté ».

Moi, Bachar

Fils du chef charismatique et ancien dirigeant de la Syrie : Hafiz Al-Assad (1930-2000), Bachar Al-Assad âgé de 46 ans, n’en est pas à la première vague de turbulence, mais dans ce cas précis, d’autres dirigeants que l’on croyait à tort indéboulonnables, ont fui. Qu’adviendra-t-il de Bachar Al-Assad, se sent-il inspiré par la résistance coriace de Mouammar Kadhafi ? Nul ne sait, mais depuis 10 ans, sa manière de mener le pays pourrait lui faire perdre sa fonction.

Une chose est sûre : ce régime « conservateur » est fragilisé et les reproches sont nombreux. Accusé de ne pas réaliser les « réformes économiques » promises, le pays est gangréné par la corruption dans tous les secteurs. Pour forcer l’Etat syrien à l’arrêt des violentes répressions, la communauté internationale a une solution : mettre en place des sanctions…

Au final, le peuple risque de souffrir doublement de cette situation bien complexe.

Saïd Khatibi

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