La santé des étrangers en danger

Un projet de loi fait trembler 28 000 étrangers, atteints de pathologies lourdes, dont la guérison dépend de la France. Ces malades risquent « l’expulsion et une interruption brutale de soins ».

Petit retour en arrière, mardi 22 mars, l’Assemblée nationale adopte en deuxième lecture, le projet de loi sur l’immigration. Une disposition de la loi autorise le renvoi des étrangers gravement malades dans leur pays d’origine. « La France n’est pas responsable de tous les maux du monde » se justifient certains. La question fait grincer les dents, car elle touche directement à la traditionnelle image qui valorise tant la France depuis des années « terre d’accueil et des Droits de l’homme ».

Face au danger qui guette les étrangers malades, plusieurs associations se manifestent pour alerter l’opinion publique sur ce qui se prépare.

Le projet de loi voté par 305 voix contre 217 est en attente de traitement en seconde lecture au Sénat. L’expulsion d’étrangers malades n’a donc pas encore commencé. « Dans le cas où le Sénat ferait passer ce texte, il peut entrer en vigueur dès le mois de mai prochain, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour plusieurs milliers de personnes » souligne Antoine HENRY, chargé des relations presse à l’association AIDES.

Sans la possibilité de se faire soigner en France, pour bénéficier du matériel de pointe et du savoir faire français, ces étrangers risquent fort de mourir, en silence, dans leurs pays respectifs.

Ce projet de loi, même s’il n’est pas encore totalement appliqué, a déjà fait des victimes à cause du durcissement de la politique migratoire actuelle. A l’âge de 47 ans, un Malien : Kanouté Tiéni, est mort, le 8 mars 2011. Il souffrait d’une hépatite B chronique, maladie pourtant maîtrisée en France.

Cet homme n’est plus, pourtant il a commencé à se soigner dès 2005, avec un traitement antiviral. « L’Ofpra (l’office français de protection des réfugiés et apatrides) refuse de lui délivrer une carte de séjour pour raison médicale, il est alors expulsé au Mali, deux jours avant un rendez-vous à l’hôpital » selon l’association malienne des expulsés (AME).

Depuis, les associations de malades, de médecins, de défense des droits des étrangers et de lutte contre le Sida se battent ensemble pour que la loi soit modifiée. Autour de la campagne « Un mot, des morts » ils disent non à l’abandon des étrangers malades en attente de soins en France.

Un élément laisse perplexe : la loi du 11 mai 1998, autorise la délivrance d’une carte de séjour temporaire aux étrangers gravement malades résidant en France. Cela les protège contre toute expulsion. Mieux, ils peuvent obtenir une carte de séjour s’ils prouvent qu’ils n’ont pas un « accès effectif » aux traitements dans leurs pays d’origine.

Pour ces raisons, les associations demandent le rejet de l’amendement en deuxième lecture au Sénat. L’idéal étant de ne pas toucher aux termes de la loi tels qu’ils existaient jusqu’ici.

Si la loi est retenue, cela pourrait aggraver les problèmes migratoires et avoir un effet pervers. A terme, un durcissement de la circulation des étrangers peut encourager ces hommes et ces femmes à se mettre dans l’irrégularité, ce qui ne règle rien, bien au contraire. Vivre dans l’angoisse d’une expulsion, quand on est déjà atteint d’une maladie grave, ne laisse pas présager une guérison rapide. Dans le même temps, rester au pays revient à être condamné à mort.

Peu d’alternatives en somme, en dehors du signal d’alarme envoyé au gouvernement français, un appel au bon sens en soutenant ces étrangers fragiles.

Olga Moseka

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