Côte d’Ivoire : le vrai « bunker » de Laurent Gbagbo

Tout aura été dit et fait – ou presque – pour amener Laurent Gbagbo sur la voie de la raison. Alors qu’il vient tout juste d’être arrêté par les forces pro-Ouattara aidées par l’Onuci, force est de s’attarder sur ce personnage, désormais légendaire. Le Président sortant ne se présente pas seulement comme le Président des Ivoiriens mais comme une sorte de « messie » pour son peuple.

Simone Gbagbo, ex-première dame, affirme avec détermination « le pouvoir venant de Dieu est plus que le pouvoir des urnes ».

C’est là le premier « bunker » dans lequel s’est enfermé Laurent Gbagbo. Un bunker mental, difficile à détruire, sur lequel bute la question ivoirienne. Il y entraîne avec lui une foule de disciples aveuglés, dont un certain Alain Toussaint, à Paris.

Le processus se déclenche en 2000 quand l’homme arrive au pouvoir. Très vite, il se découvre une mission messianique. Or, le messianisme serait viager « une fonction à vie que personne d’autre ne peut exercer », s’imagine celui qui semble en être investi. Staline, Mao, Mobutu ou Kadhafi, pour ne citer que ceux-là, en donnent l’exemple.

Etat des lieux

L’idée d’une élection, à la fin de son premier mandat, en 2005, ne trouve pas de place dans l’esprit du « messie ». Il sème le cafouillage non sans réussir à repousser, à chaque fois, la date de la présidentielle, jusqu’en novembre 2010. Le Burkina Faso y a fait sa part, en qualité de médiateur entre le pouvoir à Abidjan et les rebelles du Nord. L’Onu, déjà présente sur place, à travers l’Onuci (Organisation des Nations unies en Côte d’Ivoire), s’est impliquée, tant en ressources humaines qu’en argent.

Un déni de réalité

Arrive le moment crucial : l’élection. Gbagbo est plus que sûr de sa victoire. Mais, les méandres du jeu démocratique en décident autrement. Ouattara, selon la Commission électorale, en sort victorieux, résultat aussitôt reconnu par la communauté internationale. Gbagbo refuse son échec. La Cour Constitutionnelle, un organe à sa dévotion, mais sans décision spécifique pour ces élections organisées exclusivement sous l’égide de l’Onu, le proclame vainqueur. De la triche, cousue du fil blanc !

C’est le début du drame. Au fil des jours, il s’aggrave. Gbagbo fait de la résistance. La communauté internationale se mobilise pour lui faire entendre raison. L’Onu, l’Union européenne, la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) s’y emploient. A cor et à cri. Puis, par des mesures coercitives. Les présidents Obama et Sarkozy insistent, à haute voix : « Cédez le pouvoir à Ouattara »

L’Union africaine va jusqu’à chercher à jouer sur les cordes sensibles, en lui dépêchant un groupe de chefs d’Etat africains amis. Rien n’y fait.

Certains analystes font, à tort, un rapprochement avec le « cas Mugabe » du Zimbabwe. Seulement, Mugabe, lui, sort vainqueur des élections qu’il organise seul. En Côte d’Ivoire, c’est l’Onu qui les a chapeautées. Et donc récuser le résultat d’un tel scrutin, c’est défier toute la communauté internationale.

Quand il affirme : « Je suis le Président élu de Côte d’Ivoire », l’ancien étudiant de la Sorbonne, ancien professeur d’histoire et ami personnel des célèbres avocats français comme maîtres Jacques Vergès et Roland Dumas, doit ignorer au XXIe siècle qu’il ne peut pas gouverner la Côte d’Ivoire, à travers une politique d’autarcie. De fait, il est aujourd’hui, seul.

Il y a, dans cette attitude, un déni grave de réalité.

Avant de s’enfermer dans le bunker matériel de sa résidence, Laurent Gbagbo s’est déjà calfeutré dans un « bunker mental », fait de messianisme.

Jean Jules Lema Landu

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