Le Flare : une alternative pour dénoncer la mafia

« Pas de pizza sans mafia ». Un adage répandu en Italie, pourtant cette organisation criminelle a des ennemis plutôt actifs : le Flare (Freedom Legality and Rights in Europe). Ce réseau d’association pour le moins courageux se bat depuis 2008 contre le crime organisé dans toute l’Europe. Réunis lundi dernier à Paris, ils ont profité de la journée des victimes et de la mobilisation contre le crime pour se mobiliser.

« Si la mafia, est capable d’agir à l’étranger, on doit lui montrer qu’on peut faire pareil. Le symbole de l’italianité n’est pas la mafia, mais l’anti-mafia » déclare le représentant Fabrice Rizzoli, visiblement peu effrayé par ce défi.

Parmi les associations du réseau Flare, se trouve l’association italienne de Don Luigi Ciotti, Libera Terra. Cette structure milite pour récupérer des terres à la mafia : « Taralli ». Ils tirent leur énergie des produits du terroir tels que les pâtes et autres vins locaux. Comme le dit Viviana Mantragola, fille de Renata Fonte, elle-même victime de la mafia « [Ces produits] sont spéciaux parce que nos parents l’ont payé de leur sang. Ils contiennent de la vitamine L comme légalité ».

Tous les 21 mars, on rend hommage en Italie aux victimes de la mafia, comme le rappelle une autre représentante de Libera Terra : Maria Chiara Prodi. « Cette fois-ci, on a décidé de se retrouver ici pour remercier ceux qui combattent chaque jour contre le crime organisé » clame-t-elle.

Nombreux sont les invités qui parlent de leur expérience. Laura Garavini, députée italienne parle de la création d « Mafia? Nein Danke » (comprenez mafia, non merci, en allemand). Pour elle, « un des clichés à combattre est l’idée que la mafia représente un problème seulement italien. En Allemagne, on a les mêmes luttes qu’en Sicile. On essaye de nous allier avec les restaurateurs pour qu’ils ne paient pas l’équivalent du « pizzo ».

Ensuite, c’est au tour des journalistes : personnalités trop souvent menacées par le crime organisé. Agil Khalil, journaliste invité de la Maison des journalistes à Paris, raconte sa situation difficile : « En 2008, en Azerbaïdjan, j’ai écrit un article qui parlait de la corruption dans mon pays. A partir de ce moment là, j’ai dû le quitter ». Un triste récit qui prouve la difficulté voire la dangerosité de faire son travail avec intégrité.

Un autre témoignage poignant signé Ilya Politkovsky. Pour le fils d’Anna Politkovskaya, journaliste tombée le 7 octobre 2006 à Moscou pour la liberté de la presse « On ne doit pas oublier ». Déterminé, il rappelle avec froideur l’histoire de sa mère, symbole d’une lutte à peine commencée. « Ma mère était seulement une journaliste parmi de nombreux autres qui continuent de risquer leurs vies pour la liberté d’expression en Russie. Ce sont eux qu’il faut aider maintenant » dit le jeune homme. Ensuite Fabienne Boulin et Elizabeth Borrel, respectivement fille et épouse de deux victimes du crime organisé en France, évoquent les cas de corruption politique. L’intérêt est de rappeler que cela arrive aussi dans les pays supposés à l’abri du problème.

« Je suis ici pour noter ce que vous demandez » affirme le député socialiste George-Pau Langevin présent dans la salle. La question intéresse donc certaines personnalités politiques, ce qui laisse à penser qu’elles pourraient s’emparer de ce sujet capital.

En somme, voilà le centre de la question : une société civile forte est capable de commencer une bataille, mais dans un deuxième temps, elle a toujours besoin de l’action politique. Encore faut-il savoir écouter.

Martina Castigliani

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