Guinée: la fiction d’une révolution

Benn Pépito, ancien résident de la Maison des journalistes, d’origine guinéenne, publie son premier roman « Territoires des mémoires – dans les terreurs de la révolution guinéenne ».

Cet ouvrage ne laisse pas de place à l’indifférence. Et pour cause, son auteur, est connu pour avoir été journaliste au sein du premier organe satirique de la Guinée : le « Lynx », puis rédacteur en chef de l’hebdomadaire « la Lance » du groupe de Presse Lynx-lance.

Ce roman retrace une période majeure de la Guinée, de 1958 à 1984, il s’agit de ce qui a construit sa force et sa faiblesse : son histoire. Après le «non » historique face à la proposition communautariste des colonies d’Outre-mer du General De Gaulle le 28 septembre 1958.

Territoires des mémoires, c’est l’histoire vécue par les populations guinéennes, de la Révolution « sékoutouréenne ». Pour certains, il s’agit de montrer les Peuls comme l’éternelle victime, mais cet ouvrage est plus complexe encore. Pour mieux comprendre, quelques rappels s’imposent.
La Guinée obtient son indépendance le 2 Octobre 1958. Juste après, face aux intolérances des pays du Nord, le président Ahmed Sékou Toure (1926-1984) se tourne vers les pays de l’Est. Dès lors, il instaure un régime révolutionnaire à parti unique : le Parti Démocratique de Guinée (PDG). Il s’agit de la branche locale du Rassemblement Démocratique Africaine (RDA) dont il était le chef suprême. Sous son règne, on compte plus de 50 000 morts. De quoi semer la confusion et la division d’un peuple.

« Territoire des mémoires » décrit de façon légendaire cette atrocité du régime de Sékou Toure dans la Moyenne Guinée dont la majorité est composée de l’ethnie peule. Ce peuple selon le romancier, s’est opposé au régime de Sékou Toure et par conséquent a vécu un sort tragique. C’est cela qui fonde l’indignation de tout peuple épris de paix et de justice sociale.

Ce roman a le mérite de s’inscrire dans le combat pour la liberté. Elle interpelle combien de fois ces régimes révolutionnaires pour agir sur le peuple au nom de ce dernier.

Le style de l’auteur et les expressions utilisées reflètent un mélange entre la langue française et les langues locales. C’est le cas avec l’usage de mots tels que « Patronnn, viwou la rewolussion, contre réwolissionnaire …». Cela montre combien l’auteur s’est emparé de son sujet, jusqu’au moindre mot pour lui donner une identité propre.
Au-delà de ses mérites linguistiques, ce roman dans son contenu chosifie les Peuls. Dans le contexte actuel, difficile de ne pas poser la question de l’intérêt d’alerter les Guinéens sur la nécessité de rester unis.

L’auteur décrit donc le mal de la révolution. Tout se passe comme s’il y avait deux ennemis pour la Guinée : celui de l’intérieur, les Peuls et de l’extérieur, la France, Senghor au Sénégal, ou encore Houphouët Boigny en Cote d’Ivoire. Pourtant tous les Guinéens ont été victimes de cette tragédie, pourquoi alors ne les place-t-on pas tous au même niveau ?

Le choix des personnages renvoie toujours vers une division ethnique. Des noms comme Momo Jo et Pivi ne sont pas fortuits. Ils sont assez connus des précédents régimes. Momo Jo de la Basse côte, de l’ethnie Soussou et Pivi de la Guinée Forestière. Il leur attribue les sales rôles au besoin cynique de la révolution comme pour dire que les Peuls ont été exécutés par les autres ethnies. Ce roman démontre le rôle des intellectuels dans l’enracinement de l’ethnocentrisme. Il ne crée pas de polémique mais peut apparaître comme la défense d’une ethnie. Dans le contexte actuel, où la réconciliation nationale est une nécessité, ce roman pose question. Les Peuls sont des Guinéens tout comme les Malinkés, les Soussous, Tomas et autres. Ces groupes ont été tous victimes des cinquante années de dérives orchestrées par sa classe dirigeante.

Parce que rien ne justifie la soumission d’un peuple par un autre, il faut toujours distinguer l’indépendance obtenue par un peuple et ce qu’il en fait.

La liberté est sacrée.

Toure Bangaly

Une séance de dédicace par l’auteur en personne est organisée le 29 avril de 19h à 21h dans la librairie l’Harmattan, 21 bis rue des Ecoles, dans le 5ème arrondissement de Paris. L’occasion pour l’auteur de débattre de son livre.

« Je n’écris pas pour plaire, mais pour choquer » dit-il « pour pousser l’autre à penser autrement, pour combattre toute forme d’esprit de clocher, dépasser les clivages ethnico-politiques et toute forme de déterminisme. C’est un appel à l’unité, car le pardon n’efface pas les fautes, il ne fait pas revenir les morts, voilà pourquoi il ne faut pas oublier : pour ne pas répéter les erreurs du passé. Ce livre à travers l’exemple de la Guinée, éclaire aussi la situation dans d’autres pays ».

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