FIDH 2011 : un palmarès sans surprise

Avec la clôture de la 9ème édition, les récompenses pour les films primés semblent bien méritées. Pour faire les choix, quatre jurys ont départagés les 24 films présentés pour n’en récompenser que 7.

En ce mardi 15 mars, au cinéma Le Nouveau Latina, c’est d’abord la catégorie «Dossiers et Grands reportages» qui ouvre le bal.

Le premier jury composé de Sophie Malibeaux, Grand reporter à RFI, Dorian Malovic, du quotidien La Croix, Nicolas Vercken, responsable de plaidoyer pour la prévention des conflits et la protection des populations, et enfin Oxfam France, a choisi de récompenser War Don Don. Ce film réalisé par Rebecca Richman Cohen remporte le grand prix du jury pour son histoire atypique.

Dans la capitale de la Sierra Leone, des soldats américains assurent la surveillance d’un bâtiment fortifié abritant la Cour spéciale. A l’intérieur, Issa Sesay attend son jugement car il est accusé d’être un criminel de guerre par les procureurs. Ses défenseurs voient en lui un combattant réservé qui a joué un rôle décisif dans le retour à la paix. « Un documentaire qui permet de s’interroger sur la différence entre le bien et le mal, entre la paix et la justice » commente Nicolas Vercklen. Pour Sophie Malibeaux, il s’agit surtout d’ »Un film qui colle à la réalité du Sierra Leone, avec une grande justesse, et une grande force. Un document qui pose les bonnes questions ».

Le prix spécial du jury est décerné à : »Qui a tué Chea Vichea ? » réalisé par Bradley Cox. Derrière ce titre énigmatique se cache le nom du président du syndicat des travailleurs du textile, abattu en 2004. Des associations défendant les Droits de l’Homme mettent de très lourdes pressions sur les autorités cambodgiennes pour arrêter au final deux hommes, condamnés à vingt ans de prison. Impossible de ne pas se poser de questions sur la culpabilité de ces hommes. Cette enquête sur l’assassinat d’un leader syndical cambodgien nous mène dans les coulisses de la mondialisation du textile. « À la fois une enquête policière et une peinture belle et humaine de ce milieu des travailleurs cambodgiens. Une recherche et des rencontres qui déclenchent quelque chose de fort, comme un appel au secours » commente Sophie Malibeaux.

Dans la catégorie « Documentaires de Création », un deuxième Jury composé de Christian Barani, réalisateur, de Miguel Benasayag, philosophe et de Stéphanie Chevrier, directrice des éditions Don Quichotte a privilégié « Grain de sable », réalisé par Pamela Yates. Ce documentaire montre comment jouer un rôle actif dans un pays à l’histoire agitée. Chacun des destins s’entrechoquant dans ce film, ont un lien direct avec le Guatemala de 1982. Cette année de guerre est marquée par la campagne génocidaire de « terre brûlée » des militaires guatémaltèques. Devenus partie intégrante du développement visant à poursuivre pénalement les responsables des crimes commis, ils ont chacun amené leur petit grain de sable, leur « granito », à l’établissement de la vérité.

Autre film, autre récompense : « La bonne samaritaine », réalisé par Barak Heymann a reçu le prix Spécial du Jury. Les Samaritains, communauté religieuse en constant danger d’extinction, ont des règles très strictes sur l’assimilation. « Une histoire forte d’appartenance à une communauté. Un film bien fait et beau » s’est exprimé le jury.

Quant arrive le tour du jury étudiant, composé de Lucile Ovinet, Samira Ouamane et Murat Sofien, le documentaire intitulé « Vous n’aimez pas la vérité, 4 jours à Guantanamo » semble avoir retenu toute leur attention. Ce film réalisé par Luc Côté et Patricio Henriquez, a reçu le grand Prix du Jury. Pour ces jeunes cinéphiles « Le réalisateur a su nous faire entrer dans l’univers d’un enfant, condamné au mépris des Conventions internationales. Il nous plonge dans une position inconfortable, mal à l’aise, où l’on ressent toute l’émotion qui s’en dégage sans pouvoir s’en détacher ».

Ce jury a tenu tout de même à décerner une mention spéciale pour le film « Birmanie, ma prison », réalisé par Rex Bloomstein. Il parle de Zarganar, le plus grand comique vivant de Birmanie, purgeant une peine de prison de 35 ans, pour ses critiques ouvertes de la junte militaire. C’est alors que Michael Mittermeier, l’un des plus grands comiques d’Allemagne, voyage en secret en Birmanie avec le réalisateur Rex Bloomstein, afin de documenter la lutte courageuse de cet homme contre la répression. « Un film qui nous a particulièrement touché, pour la vitalité de son personnage principale, son courage et son humour face à l’oppression ».

Une première cette année, un nouveau jury a été mis en place, le jury parisien lyécen et apprentis en collaboration avec les Cinémas Indépendants Parisiens, soit une association de 31 salles indépendantes et parisiennes. Cela permet au jeune public d’avoir une approche de l’art cinématographique dans toute sa diversité. Pour ce jury, « Un business florissant », réalisé par Ton van Zantvoort, a reçu les honneurs. Derrière ce titre, il est question de l’exportation de fleurs, source de revenus majeure pour le Kenya. Mais l’industrie de la fleur a son prix social et écologique. Chaque rose cultivée absorbe 1,5 litre d’eau par jour. Kennedy en souffre en voyant le produit de sa pêche décroître quotidiennement. Jane travaille nuit et jour dans l’une des nombreuses fermes dédiées à la culture des fleurs. Son supérieur l’oblige à coucher avec lui. «Un business florissant» nous fait découvrir le monde de Jane, Kennedy et Oscar. Une forte sensibilité à fleur de peau et des personnages touchants. « Le réalisateur a su établir une vraie confiance avec les personnes qu’il filme, sans aucune contrainte, et sans donner l’impression qu’il a un discours à tenir ».

Au final, des films riches et percutants, choquants et sensiblement forts, qui sont l’essence même de ce qu’on appelle « film indépendant ». La 9ème édition de ce festival International dédié au Film des Droits de l’Homme, aura été plus qu’un succès, elle a marqué les esprits.

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