Figra 2011 – Un festival de ponts humains

Plus de 80 documentaires de société, avec 20 films inédits en présence de leurs réalisateurs, c’est le rendez-vous des curieux mais surtout des passionnés d’actualité. Pour cette 18ème édition, ce festival international qui se tient jusqu’au 27 mars, sur les écrans du Touquet-Paris-Plage, étonne agréablement les spectateurs. La mission est difficile mais le pari est tenu : montrer un large panorama de l’actualité du monde dans le Palais des Congrès.

A travers une programmation osée et assumée, ce festival permet de comprendre le monde qui nous entoure, du voyage dans la première urgence psychiatrique au monde en Haïti, au suivi des avocats d’Yvan Colonna. Autant d’expériences retenues dans la sélection officielle, départagées ensuite en plusieurs catégories (compétition internationale, autrement vu, terre(s) d’histoire, le coup de pouce, les hors compétition, les avant-premières, docs en région, toutes les télés du monde et enfin le documentaire italien).

En ce 23 mars, le Palais des Congrès du Touquet accueille le monde décliné en documentaires, mais aussi en débats, en expositions de photos, bref ce festival est un concentré du meilleur de la production audiovisuelle française.

L’objectif est original puisqu’il permet de raconter la vie autrement que sous le prisme oppressant et saccadé des journaux télévisés, ou des émissions de grands reportages, souvent soumises à des codes contraignants. Etant moi-même journaliste présentateur télé, il y a nécessité de reconnaître ces limites. Le plaisir de voir ces films est toujours intact à en juger par les nombreuses allées et venues qui encombrent les allées du Palais.

Cette aventure de quatre jours donne à voir, « des images d’histoires singulières avec leurs personnages étonnants souvent extraordinaires » selon Georges Marque-Bouaret, délégué général du festival.

Un hymne à la rencontre

Des histoires humaines avant tout. C’est là, le point de rencontre essentiel tissé entre des histoires en apparence sans lien. Des pressions exercées par des juifs orthodoxes de Jérusalem sur l’Etat d’Israël, aux viols collectifs dont se rendent coupables des hommes sans foi ni loi au Congo, en passant par les manœuvres des Scientologues ou encore la lutte désespérée d’habitants du Kazakhstan irradiés par un centre d’essai atomique soviétique près de Kourtchatov. Tout y passe.

Des quatre coins de la planète, ces histoires racontent toutes ou presque ce combat acharné en faveur de la vie, de la compréhension d’une planète et de ses habitants de plus en plus étrangers les uns envers les autres. Les histoires sont dites avec une sincérité désarmante… une nuance tout de même : on n’en sort pas indemne. Difficile de regarder les réalités sans visière, comme s’y sont risqués les producteurs, réalisateurs et autres journalistes.

Des polytraumatisés de Port-au-Prince… à Yvan Colonna

Au Figra, impossible de visionner tous les 44 films retenus en sélection officielle. La première difficulté étant de faire des choix, souvent douloureux. Chacun s’en remet à ses envies, sa sensibilité.

Naturellement, je me rue dans la salle où est projeté « Haïti, la blessure de l’âme » de Cécile. La caméra capte ces vies fauchées, écartelées par un coup de colère meurtrier de la terre qui a emporté sans égards 300 000 personnes le 12 janvier 2010.

Etant moi-même Haïtien, je me suis rendu au pays juste après la catastrophe. Je retrouve alors les mêmes images qui m’avaient pris par les tripes. Je sens presque cette odeur de mort qui ne vous lâche pas.

Cécile Allegra et Raoul Seigneur, les auteurs, se baladent dans cet amoncellement de ruines pour nous raconter des vies fissurées. L’un des personnages dit même qu’ici « les personnes sont aussi fissurées que les maisons ».

A travers les ruines, les images saisies au vol racontent le désarroi de ces hommes, femmes et enfants, devenus presque fous, les yeux hagards rivés sur une réalité d’apocalypse qui les dépasse. « Comment vais-je vivre » s’interroge Carlo qui a vu ses deux enfants rendre l’âme sous le béton meurtrier, incapable de leur venir en aide ?

Le film rappelle la nécessité absolue de la prise en charge psychologique et psychiatrique des victimes après le séisme. Combien elle a failli ! Ces « blessures » invisibles au premier regard pour les non-professionnels sont ressenties par les personnes interrogées avec un profond sentiment d’injustice.

L’injustice, c’est aussi ce que ressentent Pascal Garbarini, Antoine Sollacaro, Gilles Simeoni, Patrick Maisonneuve et Vincent Dehapiot. Ils sont tous avocats de Yvan Colonna condamné en première instance, par un tribunal d’exception, pour l’assassinat du préfet Claude Erignac.

L’accusé ayant fait appel, ses défendeurs se battent avec un zèle acharné pour l’extraire des griffes de la prison où il purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Leur demande de reconstitution du crime ? Rejetée !

Les explications de leurs témoins tendant à illustrer qu’Yvan Colonna ne peut pas être le tireur ? Refusées !

Les relevés d’appels téléphoniques montrant que le « berger corse » n’est pas présent sur les lieux du meurtre le 6 février 1998 ? Balayés !

Pendant de longues semaines, la réalisatrice Sylvie Fradin, preneuse de sons lors du premier procès, suit les pérégrinations de ces avocats qui défendent le plus célèbre prisonnier de France.

On les sent écrasés par une justice anti-terroriste dont il leur semble qu’elle n’a de justice que le nom et qui rejette le droit sur la simple base de son intime conviction.

Une phrase de Pascal Garbarini résume exactement le même râle que celui des polytraumatisés de Port-au-Prince : « « Je n’en peux plus ».

Philomé Robert

Paix aux hommes et aux femmes de bonne volonté.

Publicités

Commentaires fermés sur Figra 2011 – Un festival de ponts humains

Classé dans Culture, France, International

Les commentaires sont fermés.