Monde arabe : nouveaux rapports de force

L’engagement jusqu’à la mort, pour imposer le respect et la dignité des peuples. C’est ainsi que l’on peut résumer le bras de fer meurtrier qui s’opère dans une large partie du monde arabe depuis trois mois.

La révolution telle qu’elle s’est déroulée en Tunisie ou en Egypte a laissé présager une fin identique en Libye. De quoi faire trembler les autocrates, mais pas tous. Le colonel Kadhafi a réussi à inverser les rôles en accusant les insurgés d’être des ennemis de l’Etat.

La peur a de nouveau changé de camp en Afrique du nord. L’instabilité règne. Un tournant qui détermine un avant et un après. Dans un premier temps, les dirigeants gouvernent leur pays d’une main de fer et sans partage. Des rois, des princes, des héritiers, d’anciens généraux, des chefs d’Etats qui s’appuient sur une police politique redoutée et un noyau de militaires dévoués à souhait.

Ces pays où les élections ressemblent à des farces et des mises en scène ont le mérite d’être stables aux yeux de l’Occident ou de la communauté des intérêts ! pardon ! de la communauté internationale, car il s’agit surtout de la préservation d’intérêts étatico-financiers.

Les citoyens ont aussi leurs propres préoccupations : la peur de perdre leurs emplois, d’être arrêtés, torturés, violés, tués s’ils s’engagent sur le chemin de la contestation. Toute une ribambelle de mesures répressives rappelle au quotidien que le silence et la lâcheté sont des vertus inviolables. En résumé : Tout pour nous et rien pour le peuple.

Que Kadhafi s’impose au pouvoir ou pas, désormais le monde entier sait de quoi sont capables les peuples arabes. Quant aux chefs d’Etats, impossible maintenant de fermer les yeux.

Le réveil de l’opprimé est risqué, dangereux et chaotique pour l’oppresseur, semblable à un mur de Berlin qui s’écroule. Les manifestants déterminés n’ont plus rien à perdre, la peur s’évanouit, la mort devient quasiment le symbole même d’une dignité retrouvée.

Les voyages « aller sans retour » de l’ex président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et de l’égyptien Hosni Moubarak, sans oublier la fragilisation du libyen Kadhafi font trembler les autocrates jusqu’à la moelle épinière. Dans certains pays, les meetings de l’opposition sont prohibés, la diffusion sur les télévisions publiques de l’évolution du monde arabe est contrôlée. Pourvu qu’on ne réveille pas les consciences habituées au fatalisme silencieux.

Les temps changent mais les responsabilités de chacun doivent être assumées. Une étape indispensable dans l’intérêt de tous. Et pour intégrer ces nouveaux rapports de force dans le jeu politique international, l’arrêt des soutiens des tyrans en Afrique est un impératif. Derrière l’hypocrisie diplomatique, de nombreux manifestants du monde arabe, se sentant abandonnés, sont déjà remontés contre l’Occident.

A l’heure où les réseaux sociaux s’imposent comme une force aux politiques, de nouvelles stratégies vont sûrement voir le jour dans les Etats autoritaires. Au Bahreïn, une solution enfantine est appliquée depuis peu : plusieurs coupures de courant permettent de bloquer la circulation des informations sur les rassemblements. Un couvre-feu de 16h à 4h dans la capitale Manama est annoncé. Ces dirigeants restent sourds à la voix du peuple, pourtant c’est la voix de Dieu.

Jean-Jacques Jarele Sika, journaliste congolais

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