Archives quotidiennes : mars 17, 2011

Monde arabe : nouveaux rapports de force

L’engagement jusqu’à la mort, pour imposer le respect et la dignité des peuples. C’est ainsi que l’on peut résumer le bras de fer meurtrier qui s’opère dans une large partie du monde arabe depuis trois mois.

La révolution telle qu’elle s’est déroulée en Tunisie ou en Egypte a laissé présager une fin identique en Libye. De quoi faire trembler les autocrates, mais pas tous. Le colonel Kadhafi a réussi à inverser les rôles en accusant les insurgés d’être des ennemis de l’Etat.

La peur a de nouveau changé de camp en Afrique du nord. L’instabilité règne. Un tournant qui détermine un avant et un après. Dans un premier temps, les dirigeants gouvernent leur pays d’une main de fer et sans partage. Des rois, des princes, des héritiers, d’anciens généraux, des chefs d’Etats qui s’appuient sur une police politique redoutée et un noyau de militaires dévoués à souhait.

Ces pays où les élections ressemblent à des farces et des mises en scène ont le mérite d’être stables aux yeux de l’Occident ou de la communauté des intérêts ! pardon ! de la communauté internationale, car il s’agit surtout de la préservation d’intérêts étatico-financiers.

Les citoyens ont aussi leurs propres préoccupations : la peur de perdre leurs emplois, d’être arrêtés, torturés, violés, tués s’ils s’engagent sur le chemin de la contestation. Toute une ribambelle de mesures répressives rappelle au quotidien que le silence et la lâcheté sont des vertus inviolables. En résumé : Tout pour nous et rien pour le peuple.

Que Kadhafi s’impose au pouvoir ou pas, désormais le monde entier sait de quoi sont capables les peuples arabes. Quant aux chefs d’Etats, impossible maintenant de fermer les yeux.

Le réveil de l’opprimé est risqué, dangereux et chaotique pour l’oppresseur, semblable à un mur de Berlin qui s’écroule. Les manifestants déterminés n’ont plus rien à perdre, la peur s’évanouit, la mort devient quasiment le symbole même d’une dignité retrouvée.

Les voyages « aller sans retour » de l’ex président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et de l’égyptien Hosni Moubarak, sans oublier la fragilisation du libyen Kadhafi font trembler les autocrates jusqu’à la moelle épinière. Dans certains pays, les meetings de l’opposition sont prohibés, la diffusion sur les télévisions publiques de l’évolution du monde arabe est contrôlée. Pourvu qu’on ne réveille pas les consciences habituées au fatalisme silencieux.

Les temps changent mais les responsabilités de chacun doivent être assumées. Une étape indispensable dans l’intérêt de tous. Et pour intégrer ces nouveaux rapports de force dans le jeu politique international, l’arrêt des soutiens des tyrans en Afrique est un impératif. Derrière l’hypocrisie diplomatique, de nombreux manifestants du monde arabe, se sentant abandonnés, sont déjà remontés contre l’Occident.

A l’heure où les réseaux sociaux s’imposent comme une force aux politiques, de nouvelles stratégies vont sûrement voir le jour dans les Etats autoritaires. Au Bahreïn, une solution enfantine est appliquée depuis peu : plusieurs coupures de courant permettent de bloquer la circulation des informations sur les rassemblements. Un couvre-feu de 16h à 4h dans la capitale Manama est annoncé. Ces dirigeants restent sourds à la voix du peuple, pourtant c’est la voix de Dieu.

Jean-Jacques Jarele Sika, journaliste congolais

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Confusion diplomatiques autour de la Libye

Au sein de la Ligue arabe, les prises de positions algérienne et syrienne ne passent pas inaperçues. Plus encore, l’interview publiée par le journal le Monde du ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, laisse perplexe. Elle montre l’étendue du désengagement de la diplomatie algérienne sur la scène internationale en général et arabe en particulier. Une position inconfortable.

Mourad Medelci reconnaît qu’il n’y a pas eu de réaction «officielle et rapide» face aux révolutions des peuples tunisien et égyptien. Son argument : «La tradition algérienne est de respecter ce qui se passe dans les pays tiers, même nos voisins.» La justification de l’ingérence de Medelci ne tient pas la route. Si la diplomatie algérienne dit n’avoir pas vu venir le vent de la liberté qui a soufflé sur Tunis et au Caire, il est difficile, par contre, de la croire sur le fait d’avoir mis du temps pour prendre position.

Le régime de Bouteflika, lui aussi contesté, a joué jusqu’au bout la carte de Ben Ali et de Moubarak. En réalité, Alger n’a pas vu venir la chute des dirigeants tunisien et égyptien. D’où son extrême prudence. La position de la diplomatie algérienne trouve donc toute son explication à la lumière de sa réaction face à la révolution libyenne.

Seules l’Algérie et la Syrie figurent parmi les Etats de la Ligue arabe opposés à l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne en Libye pour contrer El Gueddafi (comme il se nomme lui-même).

Ce rejet de la décision lancée par la communauté internationale pose problème, car l’objectif d’une « no fly zone » est d’empêcher le dictateur libyen d’exterminer son peuple.

Pour Mourad Medelci, ce n’est pas une guerre d’El Gueddafi contre son peuple, mais bien «une opposition armée entre une partie de la population et une autre». Cette position est pour le moins que l’on puisse dire, étonnante.

Le ministre algérien des Affaires étrangères, qui va jusqu’à confondre, arbitrairement, la situation en Libye avec celle de la Côte d’Ivoire, reprend à son compte les arguments du «leader libyen». En brandissant la menace terroriste, peu de chances de trouver des opposants. Il est, à raison, légitime de s’inquiéter sur le risque d’exploitation de la situation par les réseaux terroristes dans la région. Mais il est erroné de sous-entendre qu’il est souhaitable qu’El Gueddafi reste plutôt que de voir «réapparaître la menace terroriste de l’autre côté des frontières».

Derrière la crainte de renforcer «Al Qaïda», le régime libyen entend assurer sa propre survie. Pour autant, il est incongru pour l’Algérie de suivre ce raisonnement sous peine de se retrouver isolé dans une Afrique du Nord totalement refondée. Un risque à éviter, après la chute des régimes de Ben Ali, Moubarak et l’affaiblissement d’El Gueddafi décrié par toute la communauté internationale. Encore faut-il qu’elle adopte une position claire et définie, pour éviter les divergences actuelles de points de vue entre d’un côté les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne, favorables à une action, et d’autre part, l’Allemagne ou encore la Chine plutôt réticentes. Dans ces conditions, quelle est la légitimité du Conseil national de transition sans la reconnaissance de toute la communauté internationale ?

En attendant qu’ils se mettent d’accord, l’attaque sur Benghazi est attendue dans les prochaines heures, mais déjà les habitants de l’Est fuient l’assaut de Gueddafi.

Peu de chances que l’appel au cessez-le-feu de Ban Ki Moon, secrétaire général de l’Onu, soit suivi. Dans tous les cas, l’efficacité d’une zone d’exclusion aérienne reste à prouver, car elle n’a pas empêché Saddam Hussein de se maintenir au pouvoir plus de dix ans. Selon Londres, « des frappes aériennes seraient plus utiles ».

En somme, derrière la sortie de Mourad Medelci, qui pense que «le climat est peut-être favorable pour tenter une médiation» en Libye, se cache peut être le souhait de voir le maintient du régime d’El Gueddafi, et surtout l’avortement de la révolution du peuple libyen.

L’enjeu de ce vent de liberté dans le monde arabe et l’Afrique du Nord est important. Il pourrait s’arrêter de souffler aux portes de Tripoli, aux pieds des chars du «frère El Gueddafi». Après 42 ans au pouvoir, il est temps de penser à un renouvellement. Mais cela est difficile à concevoir au vu de la tournure des événements. Mouammar El Gueddafi sait exactement quelle arme utiliser. Convoqué à Tripoli, l’ambassadeur de Hongrie s’est vu signifier que si l’Union européenne continue d’encourager les manifestants, la Libye suspendrait sa coopération pour la lutte contre l’immigration illégale.

Le dictateur libyen sait influencer l’opinion, son fils révèle aujourd’hui que son pays a financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Accusation démentie par l’Elysée.

Au vu de ces multiples rebondissements, force est de reconnaître que l’opinion publique ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants pour le moins complexes, des réseaux d’intérêts internationaux.

Saïd Kaced, journaliste algérien

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Insoutenable vérité

« Vous n’aimez pas la vérité » le titre du long métrage présenté pour la cérémonie d’ouverture du Festival international du film des droits de l’homme, ce mardi 8 Mars est percutant. Pour cette 9ème édition, une centaine de spectateurs se sont réunis hier soir, au cinéma Le Nouveau Latina, situé dans le 4ème arrondissement de Paris. Lire la suite

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