Islam : le risque d’un faux débat politicien

Nouveau débat lancé par Nicolas Sarkozy, chef de l’Etat français : « la laïcité et la place de l’Islam dans la République ». Aujourd’hui cette question vise directement les 4 à 6 millions de musulmans vivant en France, mais pas seulement.

L’Islam poserait-il problème en France ? L’on m’a parlé des musulmans qui font leurs prières dans les rues. D’autres privatisant ainsi des espaces publics ou encore des femmes qui portent le voile intégral. Plus radical : le refus des valeurs de la République par certains musulmans sans oublier les terroristes islamistes qui rêvent de détruire le monde occidental. Tout cela mérite réflexion. Mais est-ce l’Islam en lui-même qui pose problème ? En d’autres termes, l’Islam est il compatible avec la démocratie, avec les valeurs de la République française ?

Avant de répondre à cette question on pourrait se demander pourquoi le Christianisme et le Judaïsme : religions très proches de l’Islam se seraient accommodées de la démocratie et non l’Islam. L’historien Elie Barnavi répond à cette question dans le magazine Marianne du 26 février : « aucune religion, et surtout aucune religion révélée n’est compatible avec la démocratie ». Le journaliste Jean-François Kahn a rappelé toujours dans Marianne, l’époque où l’Eglise catholique combattait avec férocité la démocratie libérale. Progressivement les religions ont été chassées de l’espace public pour être confinées dans le privé.

Du bon sens

Ce qui poserait donc problème en France avec l’Islam serait sa manifestation dans l’espace public. L’on revient alors à la question des prières dans les rues et du voile intégral. Ne pourrait-on pas régler tout simplement ce point précis en permettant aux musulmans de disposer de salles de prières suffisantes ? Ne serait-ce que pour des questions de confort, il semble évident que les musulmans ne délaissent pas volontairement les mosquées pour prier dans les rues, pour exposer aux passants leur foi. Construisons donc des mosquées, bien entendu sans la participation financière de l’Etat comme le stipule la loi de 1905, et la question des prières dans les rues sera résolue.

L’autre problème sous-jacent semble être la présence même des mosquées dans le paysage français. En pleine visite à Puy-en-Velay le 3 mars dernier, le chef de l’Etat français évoque avec exaltation « l’héritage chrétien de la France » qu’il faut « assumer sans complexe et sans fausse pudeur ».

Cela nous rappelle la volonté exprimée par le Vatican lors du débat sur la Constitution européenne d’y faire inscrire les racines chrétiennes du Vieux Continent. Que le Christianisme ait façonné l’esprit et le paysage de la France, et au-delà de l’Hexagone, de toute l’Europe, est un fait indéniable. Mais l’Europe est aussi l’héritière des cultures grecques, romaines, juives, musulmanes et des acquis du siècle des Lumières. Ce n’est pas l’Espagne, colonisée pendant plusieurs siècles par les Musulmans et qui s’enorgueillit aujourd’hui de son Alhambra, qui nous démentirait. Sans doute qu’après la « Reconquista » de l’Espagne par les rois chrétiens, la présence de l’Islam sur le sol européen fut pendant longtemps marginale.

Mais depuis le début du 20ème siècle, avec les conquêtes coloniales et l’accélération des migrations, les choses ont considérablement changé.

La présence de plusieurs millions de Musulmans en Europe et singulièrement en France est une donnée incontournable, surtout à 1 an de l’élection présidentielle.

L’Islam : deuxième religion de France

Une composante importante de la population française embrasse donc cette confession. La présence de l’Islam va de pair avec celle des mosquées. Il faudra s’y faire. Et si la question des lieux de culte est réglée, il ne restera plus qu’à confiner l’Islam dans l’espace privé, comme ce fut le cas du Christianisme et du Judaïsme.

Pour le reste, il faut noter que les femmes qui portent le voile intégral ne sont qu’une infime minorité, et l’on peut s’interroger comme l’a fait Barack Obama lors de son discours du Caire, pour savoir s’il appartient vraiment à un Etat de dicter aux femmes leurs façons de s’habiller. De même, il est totalement abusif d’assimiler le terrorisme de certains islamistes à l’Islam. Tous les terroristes du monde ne sont pas forcément musulmans.

Vouloir contrer la montée de Marine Le Pen dans les sondages est une chose. Mais vouloir le faire en stigmatisant une partie de la population française semble dangereux et pas nécessairement payant.

Venance Konan, journaliste ivoirien

Publicités

Commentaires fermés sur Islam : le risque d’un faux débat politicien

Classé dans France, Société

Les commentaires sont fermés.