« Le pouvoir absolu use absolument » en Ouganda aussi…

Le dictateur se maintient encore cinq ans au pouvoir. Comme en 2002 et en 2006, Yoweri Museveni vient de remporter la présidentielle, le 18 février, avec 68,38 % des suffrages exprimés. C’est moins qu’en 2002 (plus de 70 %), mais plus qu’en 2006 (59 %).

Avec l’aide des troupes tanzaniennes, Museveni réussit en 1986, à chasser du pouvoir le despote Idi Amin Dada. Il promet aux Ougandais l’instauration de la démocratie. Mais elle tarde à venir… jusqu’aujourd’hui.

Mis à mal par une opposition naissante et énergique, Museveni finit en 1997 par lâcher du lest. Il met alors en place un « multipartisme de façade » avec la bénédiction de l’Occident, qui donne quitus à la gestion financière de l’Ouganda.

D’où le début de la crise politique ougandaise, alimentée par une série de rébellions armées. A celles-ci et à l’opposition politique interne qui se consolide, le nouveau dictateur répond par un durcissement de son régime. A deux reprises, il aménage la Constitution de 1997, modifiant plusieurs dispositions, dont celle qui devait lui permettre de briguer, à vie, le mandat présidentiel.

L’Ouganda connaît alors un sale temps de contestations marqué par la chasse aux opposants. Les Etats-Unis se démarquent de Kampala (la capitale), pendant que les investisseurs étrangers, généralement frileux avec leurs capitaux en bandoulière, prennent le chemin d’autres cieux plus cléments. Relayant le mouvement, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, à leur tour, se mettent en retrait.

Ce repli des principaux partenaires extérieurs a des conséquences désastreuses sur le plan socio-économique. Le taux de chômage est au zénith, entraînant la grogne et la fronde, pendant que le dernier carré des fidèles du dictateur s’évanouit. C’est le cas, notamment, en 2005, de l’ancienne vice-présidente de l’Ouganda, Spéciose Kazibwe, qui a filé à l’anglaise aux Etats-Unis.

A juste titre, certains analystes parlent d’« atmosphère de fin de règne ».

Tâche d’huile

Les dictateurs ont la vie dure. Face à la tempête, Museveni plie, mais ne rompt pas. A la différence des autres autocrates, qui laisseraient faire en attendant l’aide extérieure, il réagit vigoureusement à travers un « Plan de développement national (National development plan) ». Le principal levier repose sur les secteurs des services, de l’industrie (PME) et des recettes fiscales.

En 2009, selon des sources fiables, l’économie ougandaise a affiché un taux de croissance impressionnant de 7 %, malgré l’atonie persistante de l’économie mondiale. Maîtrisée, l’inflation est restée stable autour de 11 %. C’est une performance en Afrique. On parle du retour en masse des investisseurs extérieurs et du sourire amical des institutions financières internationales à l’égard de l’Ouganda. Le « cancre » est en train de redevenir un « bon élève ».

Si la principale rébellion (Armée de la Résistance du Seigneur) de Joseph Kony n’est pas décapitée, celle menée par les Karamagnongs, tribu semi-nomade qui écumait la campagne en y opérant d’importants vols de bétail, a été totalement réduite.

C’est dans cette atmosphère de « renaissance », dirait-on, que Museveni vient d’arracher sa troisième victoire électorale. Contrairement en 2006, l’opposition a été peu étouffée, mais le résultat est toujours le même : c’est le dictateur qui gagne…cette fois, à travers une campagne soutenue par un tube Rap, chanté par le Président en personne. A l’image de Jacob Zuma, en Afrique du Sud, qui a chanté et dansé, et gagné les élections.

Le tsunami qui secoue actuellement le monde arabe…ne manquera pas de faire tâche d’huile en Afrique Noire. Pour rappeler aux dirigeants africains que le « pouvoir use », et que le « pouvoir absolu use absolument ».

Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais

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