« Il faut arrêter d’agiter l’islam comme un épouvantail » Nada Chahal

L’actualité dans le monde arabe confirme l’analyse de la sociologue et activiste du CCIPPP (Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien). Lors d’une conférence-débat dans la salle de la Bellevilloise (à Paris) Nada Chahal invitée de la 6è semaine anticoloniale, pense qu’il faut « arrêter d’agiter l’islam comme un épouvantail ».

Tunis, le Caire, Manama, Sanaa, Benghazi… Les révoltes se succèdent et se ressemblent dans le monde arabe, sans que les islamistes radicaux, pourtant redoutés, n’arrivent à récupérer la donne. Du moins jusque là…

Une semaine aura suffi pour balayer 22 ans de dictature de Ben Ali. Trois semaines plus tard, le président Hosni Moubarak, après une résistance désespérée, se rendait à l’évidence : le peuple égyptien en avait marre d’un système militaire corrompu et d’un Raïs usé à la fois par l’âge : 82 ans, et la prise du pouvoir : plus de 40 ans de règne sans partage.

A Tunis et au Caire, les révoltes se sont opérées sur le même mode : Appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux de l’internet, rassemblements pacifiques encadrés par les manifestants eux-mêmes sur les grandes places des villes, qui se sont transformés en sit-in jusqu’aux départs des dirigeants décriés. Même si des partis politiques longtemps bannis et des activistes sont soudainement sortis de l’ombre pour se joindre à « l’histoire en marche », force est de constater qu’à Tunis et au Caire, la toile de fond de toutes ces revendications demeure le social. Son amélioration cristallise du coup toutes les autres revendications, allant de la liberté d’expression à celles d’associations longtemps confisquées par les régimes en place. Nulle part, du moins jusque là, les peuples ont manifesté au nom d’une quelconque idéologie religieuse. Même si l’occasion n’a jamais été aussi belle pour les islamistes de récupérer la donne, les peuples n’entendent pas se faire voler leurs « révolutions » par quiconque ou par quelque idéologie que ce soit.

Le message est si clair, les révoltes si pragmatiques, que les fondamentalistes musulmans longtemps présentés comme la principale menace au Maghreb et au Proche-Orient, n’ont pas réussi à récupérer la situation à leur profit.

Selon Nada Chahal, les dirigeants arabes corrompus ont toujours agité le paravent du fondamentalisme musulman pour justifier leur maintien au pouvoir. Autoproclamés comme les seuls capables de lutter contre l’islamisme, ils se sont permis d’accaparer tous les pouvoirs et de rester sourds aux revendications sociales de leurs peuples. Le tout, en s’assurant du soutien de Washington, des grandes capitales occidentales et d’Israël.

L’inquiétude d’Israël

Quand on lui rappelle les craintes de l’Etat hébreu pour sa sécurité après la chute de ces dirigeants et alliés déchus dans la région, l’universitaire réplique par une réflexion qui ne marque pas de pertinence : « Israël est né de la période coloniale, dit-elle. C’est un poste avancé du colonialisme occidental ».

Et d’ajouter « L’Etat d’Israël est une des conséquences de l’antisémitisme en Europe. Après la Seconde Guerre mondiale, il fallait envoyer les Juifs survivants du génocide, loin de l’Europe et en faire des alliés dans une région grande productrice du pétrole ».

Elle reste convaincue que « le jour où la manne pétrolière tarira dans cette région, Israël perdra son influence stratégique et sera abandonné par ses alliés occidentaux ». Elle pense « qu’il est dans l’intérêt de l’Etat hébreu de conclure une paix durable avec ses voisins arabes en arrêtant immédiatement la colonisation de la Palestine ».

Pauvreté, corruption et répression

Nada Chahal accuse ces régimes qui tremblent aujourd’hui face au tsunami populaire de s’être « complètement détachés de leurs sociétés pour devenir des lieutenants du système capitaliste mondialisé. Leurs régimes étaient présentés comme stables, tant qu’ils protégeaient les intérêts occidentaux et ceux d’Israël. Comment accepter qu’en Egypte, par exemple, 40% de la population vit avec moins de deux dollars par jour, alors que le président Moubarak et ses proches amassaient dans des banques occidentales et des paradis fiscaux une fortune colossale, estimée, selon des sources, à plus de 50 milliards de dollars ! » s’indigne-t-elle.

Pauvreté, corruption et répression, sont les causes profondes de cette révolution. L’Occident s’accommodait à présenter les arabes comme des « peuples soumis, sans espoir, résignés devant le sort » rappelle-t-elle. L’histoire nous démontre le contraire.

Léon Kharomon, journaliste congolais

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